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Accueil Foi en textes La page théologique La création selon Jean Calvin
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La création selon Jean Calvin

"La réflexion théologique de Calvin sur la création se démarque de toutes les pensées et les théodicées qui voudraient faire de Dieu un créateur définitivement relégué au ciel"

par François Clavairoly

 

La réflexion théologique de Calvin sur la création se démarque de toutes les pensées et les théodicées qui voudraient faire de Dieu un créateur définitivement relégué au ciel

Le Dieu de Calvin n’est pas assigné à un "hors jeu" de la pensée, à une transcendance, à un premier commencement et à une cause finale inaccessibles, et n’ayant en fin de compte plus rien à faire avec le créé, l’histoire et notre histoire d’aujourd’hui.
Dès le livre premier de l’Institution de la religion chrétienne (IRC)1, Calvin refuse de "faire un Dieu créateur temporel et de petite durée, qui eut seulement pour un coup accompli son ouvrage" et qui aurait disparu de notre horizon. Son acte créateur ressortit au contraire à la réalité de notre monde d’aujourd’hui. Il le concerne pleinement ainsi que toutes ses créatures.

La providence de Dieu
Le Dieu créateur, puisqu’il n’est en rien deus otiosus et inactif, entretient un rapport présent, continuel et actif à sa création. La providence de Dieu est en effet actuelle, ni vaine ni oisive, et elle exprime à l’égard du monde et des hommes sa faveur paternelle2.
Le monde et la création sont en effet décrits comme "œuvre" de Dieu, comme le lieu d’un agir, d’une histoire toujours contemporaine qui se laisse déchiffrer. Dès lors, le monde n’est pas abandonné à lui-même, filant nulle part tel un vaisseau perdu dans l’espace étoilé, sans aucune boussole, sans projet, sans destination, sans promesse, sans Loi. La création est bien traversée d’un projet3. "À quelle fin doit tendre la considération des œuvres de Dieu, et à quel but la dresser" demande le Réformateur ? Voici sa réponse : "Dieu a ordonné toutes choses pour l’homme". L’homme en tant qu’il est "chef d’œuvre de la création".

La responsabilité de l’Homme
Placé au cœur de la création, l’homme peut accomplir les deux missions essentielles que requiert sa vocation : connaître Dieu (être sauvé) et attester de sa gloire par ses actes (lui dire merci, vivre et habiter ensemble en humanité).
"Dans ce bâtiment du (monde) qui nous sert de miroir pour contempler Dieu" l’homme peut effectivement déchiffrer "certaines marques qu’il a imprimées de sa gloire en toutes ses œuvres", et enfin distinguer Dieu des idoles. Il peut le connaître, au sens où seule cette connaissance est "à salut". Il lui est accordé d’être au bénéfice d’une révélation, celle des Écritures et de la Parole, qui va spécifier, en Christ, quel est ce vrai Dieu. La théologie de la création, chez Calvin, a quelque chose à voir, ici, outre la providence, avec le salut dont elle est le premier territoire.
L’homme est appelé et destiné depuis toujours à exercer sa liberté au cœur de la profanité, à y vivre avec autrui et à y habiter. En attestant de la gloire de Dieu par ses actes, il se trouve présent dans le champ de l’histoire, et rendu conscient d’entrer dans une perspective éthique. La théologie de la création, chez Calvin, a quelque chose à voir avec la Loi4, qui en appelle positivement à la justice et à la responsabilité. Une justice instruite par un projet. Et une responsabilité non pas livrée à elle-même mais référée à une parole qui la construit, la nourrit et l’interpelle.
Cette théologie de la création ne renvoie donc pas tant aux recherches complexes des origines du monde – ce terrain n’est pas celui de la théologie mais bien celui, devenu autonome, des sciences – ni ne spécule sur le comment d’un "avant" ou l’attente d’un "après" – ce terrain est celui, enfin périmé, de la métaphysique. Elle formule sagement et fermement que le monde n’est pas seulement nature livrée aux seules lois de son fonctionnement et de sa préservation, mais aussi création comme le lieu privilégié d’une parole adressée et d’une vocation singulière que chaque homme peut vivre, pour y découvrir sa vérité.



1. IRC, I, XIV, XV.
2. IRC, I, XVI.
3. Cette intuition n’est peut-être pas sans lien avec certaines affirmations contemporaines de la théologie du « process ».
4. Calvin parlera ici du "troisième" usage de la Loi.

© Réveil - Théologie - novembre 2008

 
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