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Engagement et responsabilité chez Calvin
« La foi du réformateur le place en situation de responsable engagé »
« Des "gens simples" connaissant la doctrine de Dieu et confessant le Christ »
par François CLAVAIROLY
Le mouvement de la Réforme s’est traduit par la proclamation d’une parole publique. Jean Calvin a ainsi clairement exprimé sa pensée et son engagement.
Autant la Réforme en Allemagne s’est inscrite délibérément dans le paysage politique (1), autant en France, Calvin lui-même a pris le risque d’interpeller son roi. Il l’a fait par écrit, rédigeant une « Épître au roi » en préface à l’Institution chrétienne (2). Cette préface est un plaidoyer mais aussi un appel adressé à François 1er : un plaidoyer qui veut rétablir la vérité sur les « évangéliques » qu’on traite en France et en Allemagne de rebelles et de séditieux, alors qu’ils ne sont, écrit le réformateur, que « gens simples » connaissant la doctrine de Dieu et confessant le Christ (3).
Oser une parole publique Mais elle est aussi une adresse par laquelle Calvin appelle François 1er à être un « vrai » roi, à régner avec « justice » et « équité » : « Or c’est votre office, Sire, de ne détourner ni vos oreilles ni votre courage d’une si juste défense, comment la gloire de Dieu sera maintenue sur terre ; comment le règne de Christ demeurera en son entier. Ô matière digne de vos oreilles, digne de votre juridiction, digne de votre trône royal ! Car cette pensée fait un vrai Roi, s’il se reconnaît être vrai ministre de Dieu au gouvernement de son royaume ; et au contraire, celui qui ne règne point à cette fin de servir la gloire de Dieu n’exerce pas règne mais brigandage ». Les effets produits par cette parole publique seront nombreux et son écho retentissant. Peu de temps après, la première édition française de l’Institution (1541) sera condamnée par le Parlement de Paris en juillet 1542… À Genève, quelques années plus tard, Calvin aura aussi maintes fois l’occasion de se prononcer encore publiquement sur de nombreux sujets : la défense des vaudois persécutés, la situation politique en Allemagne, les rapports avec Berne et Zurich, et puis devant le Magistrat, au sujet des nombreux conflits politico-religieux internes à Genève. La foi du réformateur le place sans conteste en situation de responsable engagé.
Communiquer en réseau Calvin fait de Genève, par ailleurs, « un pôle de l’industrie du livre européen » (4), et à travers un réseau d’édition et de distribution animé par de nombreux amis, des ouvrages théologiques et catéchétiques circulent en quantité. De même qu’une correspondance abondante (5) lui permet de faire circuler quantité d’informations, d’en recevoir lui-même et d’en faire état devant le Consistoire ou devant le Magistrat. L’engagement et la responsabilité de Calvin prennent une dimension européenne. Il est en lien avec une partie de l’aristocratie en qui il voit un vecteur et un relais importants pour la réussite de son projet, mais aussi avec des partenaires de pays voisins. Il diffuse des messages de soutien aux Églises de France en difficulté ou aux chrétiens persécutés (6). Et il gère peu à peu, et très prudemment, leur sortie de la clandestinité.
Se confronter aux questions politiques C’est alors que des choix s’imposent, au moment où les tensions s’exacerbent dans le royaume : pour Calvin, il s’agira de se démarquer de ceux qui commettent des agressions contre les catholiques, et en même temps de ne pas compromettre les avancées de la Réforme. L’échec du colloque de Poissy (1561) va être le symptôme d’une réserve prudente de sa part qui pèsera sur la suite des événements. La théologie des deux règnes (7) qu’il développe dans le livre III de l’Institution rend compte à sa façon de cette prudence et d’un nécessaire discernement : il y est fait rappel de la légitimité de l’instance civile ou politique en même temps que de la liberté chrétienne. Et aussi de la différence de responsabilité entre ces deux instances civile et ecclésiastique : l’une afin de préserver le bon ordre de la Cité, permettant à l’autre de pouvoir y exercer librement sa foi. Prudence et discernement à l’aube de la modernité…
1. Notamment lors de la deuxième diète de Spire de 1529 quand des princes et des seigneurs ont osé « protester » publiquement de leur foi. 2. Rédigée à Bâle en exil le premier jour d’août 1535. 3. « Mais je retourne à vous Sire. Vous ne vous devez émouvoir de ces faux rapports, par lesquels nos adversaires s’efforcent de vous jeter en quelque crainte et terreur : c’est à savoir que ce nouvel évangile, ainsi l’appellent-ils, ne cherche autre chose qu’occasion de sédition et toute impunité de mal faire ». 4. Cf. Jean Calvin, Denis Crouzet, Paris, Fayard, 2000, p. 371s. 5. Plus de mille deux cents lettres. 6. Cf. le Livre des Martyrs 1554, première Église dressée à Paris en 1555… premier Synode clandestin de Paris représentant une d’une douzaine d’Églises, 1559. 7. Sur la théologie des deux règnes, voir : Le Christ de Calvin, Pierre Gisel, Desclée, Paris, 1990, p. 184-190 et aussi : Jean Calvin, Denis Muller, Michalon, Le bien commun, Paris, 2001, p. 42 s.
© Réveil - janvier 2009
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