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Accueil Foi en textes La page théologique Aelred de Rievaulx : L’amitié comme voie spirituelle au XIIe siècle
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Aelred de Rievaulx :
L’amitié comme voie spirituelle au XIIe siècle

Après Anselme de Canterbury le mois dernier, voici un autre personnage du Moyen-âge. Il aborde une question théologique liée à l’incarnation : l’amitié.

par Annie NOBLESSE-ROCHER *

L’histoire ne dit pas si la panse de brebis farcie, le haggis, était déjà servie à la cour de David Ier d’Ecosse (1084-1153). Mais il est certain que la table de ce roi qui fonda Edimbourg devait être tout aussi joyeuse que celles que l’on dresse de nos jours pour la fête nationale écossaise. La biographie du grand Cuisinier et Dispensateur de la Cour, le dévoué Aelred, en témoigne.


Aelred naît en Northumbrie, dans le nord de l’Angleterre. À l’âge de 14 ans, il entre à la cour d’Ecosse. Il lie avec Henry, le fils du roi, une amitié « plus douce que toutes les douceurs de la vie ». Mais la vie d’Aelred bascule en 1134. Il rencontre une poignée d’austères cisterciens qui viennent de fonder l’abbaye de Rievaulx. Sans hésiter, Aelred embrasse la vie monastique.
 

Douce inclinaison
Devenu abbé, il est encouragé par saint Bernard à écrire en 1141-1143 un ouvrage sur l’amour, Le Miroir de la Charité. La clef de son œuvre est un verset de l’évangile selon saint Matthieu qu’il a découvert, au cours d’une vision mystique, au firmament des cieux : « Mon joug est suave et mon fardeau léger » (Matthieu 11.30). Ce joug suave que le disciple doit porter, c’est selon lui l’amour fraternel.
Le terme utilisé pour désigner cette amitié d’un genre nouveau, est l’affectus, cette « inclination spontanée et douce de l’âme vers quelqu’un », douce comme le premier regard du Créateur sur Adam : « Considérons l’étendue de notre cœur comme une arche spirituelle, faite d’assemblage de bois imputrescibles. Y ayant arrangé des compartiments et trois étages - des cabines spirituelles -, assignons une place à chaque personne. Enfermons dans la cale inférieure les animaux sauvages, ceux qui sont assoiffés de sang. Offrons-leur le soulagement de notre prière. À l’étage intermédiaire installons les gens qui se déshonorent par la débauche du ventre et les souillures sensuelles. Ils ne font rien d’inhumain, alors offrons-leur, à eux aussi, le soulagement de notre prière et le cautère de la correction fraternelle. Maintenant, à l’étage supérieur, plaçons les êtres qui nous sont attachés par le très doux lien de l’amitié spirituelle, cachés au plus secret et au plus intime de notre cœur. Et puis, il y a encore un endroit plus éminent, sur le pont : Jésus y siège seul, sans compagnon, dans toute la splendeur de sa beauté ».

Ressemblance divine
Reprenant l’image de l’arche de Noé, Aelred place dans la cale de l’Arche les monstres et les prédateurs ; dans les cabines médianes, les gens englués dans le monde ; sur le pont supérieur, les partisans de l’amour, veillent les moines. L’âme qui cherche Dieu est appelée à effectuer une odyssée vers l’amitié parfaite, qui est également le lieu du repos. Ce voyage spirituel, placé sous la bannière de l’amitié, comporte trois étapes principales : le recueillement en soi-même qui restaure l’harmonie intérieure et une joyeuse assurance ; l’expansion extérieure en une dilection fraternelle ; enfin, le cœur et l’âme sont ravis au-dessus d’eux-mêmes, absorbés dans une lumière indicible, et contemplent dans le silence le Dieu-Un, pur Amour. L’homme retrouve alors, en et par l’amitié spirituelle, sa beauté première et sa ressemblance divine.

 

* Professeur d'histoire du christianisme médiéval et moderne
Université de Strasbourg

© Réveil - Page théologique - janvier 2010

 
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