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Paroles de Jésus (6)
« A celui qui te demande donne » Luc 6,30
par Cyrille PAYOT
Qui n’a jamais goûté au plaisir d’être celui qui donne, vers qui il faut se tourner pour recevoir ? A l’inverse, qui n’a jamais éprouvé un certain malaise à devoir demander quelque chose, d’être le quémandeur ?
Dans notre culture, le don et l’offrande sont souvent perçus comme une perte, une amputation de tout ce que nous avons pu accumuler dans nos greniers, mais la parole de Jésus m’invite à vivre le don comme une chance, une joie, voire une bénédiction. « A celui qui te demande donne ». Parole merveilleuse… dangereuse aussi : la joie que procure le don peut se transformer en pouvoir. N’y a-t-il pas un risque à donner quand nous entrons secrètement dans un rapport de condescendance qui tout à la fois emprisonne l’autre dans sa demande et transforme le don en geste servile ? « A celui qui te demande donne »… Parole au profit de l’enfant-roi qui rend le parent coupable de ne pouvoir satisfaire la demande inassouvie du désir de posséder. Parole dangereuse quand elle vient creuser un puits sans fond, user la corde de nos efforts et la poulie de nos bonnes volontés faisant de nous un objet qu’on use à souhait... Est-ce bien cela que tu nous demandes, Seigneur ?
« A celui qui te demande donne »… La force de cette parole attribuée à Jésus tient autant dans ce qu’elle dit que dans ce qu’elle ne dit pas : Jésus prend soin de ne pas mentionner l’objet de la demande, encore moins celui du don ! Sobriété d’une parole qui en dit long… Parole libératrice qui n’enferme pas celui qui la reçoit, ni celui qui la donne car elle met au centre non pas l’objet de la demande mais le sujet qui demande et celui qui donne : « A celui qui demande à toi, donne ». Jésus laisse un blanc, un vide quant au contenu de la demande et du don qui en découle. Même pas de lien de correspondance entre ce qui est demandé et ce qui est donné. Ce qui importe c’est que chacun ne soit plus l’objet de l’autre mais devienne, à partir du don, un sujet à part entière. Le don dans l’Evangile devient un geste qui déplace et libère le sujet dans sa demande, à l’inverse des gestes qui remplissent sans donner, qui enferment sans déplacer, qui infantilisent au lieu de responsabiliser. Ainsi, à celui qui te demande l’impossible, libre à toi de lui donner ta prière pour lui. A celui qui te demande une multiplication des signes dans le désert de sa vie, libre à toi de lui donner en partage cinq pains et deux poissons…
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils afin que quiconque croit en lui, ne meure point mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3.16) : quand le monde « demande » un messie tout-puissant, voici que Dieu « donne » un Fils à rencontrer dans la puissance de la croix, à découvrir dans la puissance de son amour pour nous. Et lorsque, après la croix, les disciples sont reclus dans la chambre haute, fermés sur eux-mêmes, dans l’impossibilité de demander, voici que Dieu « donne » l’esprit de Pentecôte comme une contagion qui se propage, qui ouvre des portes, qui délie les langues.
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A celui qui te demande de combler son ennui, libre à toi de lui donner le silence de Dieu qui creuse le désir, A celui qui te demande de garder fermées les mains qui retiennent les possessions, libre à toi de donner l’occasion de perdre, les mains ouvertes pour semer, A celui qui te demande d’entendre sa peur de l’autre, libre à toi de lui donner ta peur pour l’autre, A celui qui te demande donne…
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Réveil - Méditation et prière - juin 2009
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