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Accueil Foi en textes Rencontres avec Gabriel Penet : sous le signe de la providence
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Rencontre avec Gabriel Penet :
sous le signe de la providence

par Alix Gilles et Jean-Marie Delcourt

Dans la Vallée Borgne, au pied de l'Aigoual, Gabriel Penet est apprécié pour sa ronde bonhomie et sa connaissance de la Bible. Pendant notre rencontre, il n'a jamais évoqué le temps qu'il passait en sa compagnie, pas plus que ce qu'il mangeait chaque jour… L'un et l'autre lui sont naturels, indispensables.

rav-0810.jpgEn Algérie, huit années de vaches maigres

Le 6 novembre 1942, quand Gabriel embarque avec sa famille sur le « Gouverneur général Lépine », il pense retrouver à Bizerte sa famille maternelle et laisser à Marseille les restrictions alimentaires et une vie difficile. Son père, officier de la marine marchande, gravement malade, a perdu son emploi. Gabriel a 14 ans ; alors que son frère est brillant à l'école (il deviendra jésuite), lui, rêve au fond de la classe et invente des histoires.
A Marseille, il a fréquenté le « patronage ». Le prêtre qui dirige leur chorale est maître de chapelle à la cathédrale de Marseille : il lui donnera pour toujours le goût de chanter.
Les alliés débarquent en Afrique du Nord et le bateau est dévié sur Bougie, en Algérie. « Coupés de la métropole et de la Tunisie occupées par les Allemands, nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes pour survivre. J'ai découvert le protestantisme à travers monsieur Ranucci, mon patron, et surtout son épouse vaudoise. Un collègue me pousse vers le football et la boxe où j'acquiers une certaine notoriété sous le nom de Gaby. J'ai appris le judo au service militaire, chez les parachutistes ; j'avais envisagé de m'engager. On me l'a déconseillé, heureusement, car mon régiment a été décimé à Dien Bien Phu »

En Tunisie, huit années de vaches grasses

Ce n'est qu'en 1951 que la famille Penet rejoint la Tunisie, pour la plus grande joie de tous. « La Tunisie n'était pas, en fait, un protectorat français, mais plutôt une colonie corse ! La famille de ma mère, les Giovannetti, m'a permis d'entrer au greffe du tribunal de première instance. Lors de la suppression de la juridiction française, j'ai été le seul à rester. L'administration tunisienne m'en a été reconnaissante et j'y suis resté jusqu'en 1959, dans la fonction de greffier au tribunal de commerce ».
Avec ses deux pasteurs, Graff et Metayer, l'Eglise réformée de Tunis était très vivante et Gabriel s'y engage à fond. A 31 ans, il a envie de devenir pasteur, mais ce n'est pas simple ! « Je tiens de ma mère une foi indéfectible en la Providence, j'en ai fait une expérience exceptionnelle à ce moment de ma vie. En un mois, tous les obstacles sont tombés et j'y ai vu le signe que Dieu m'appelait. D'abord, je n'avais pas le bac et j'ai appris qu'il existait une école préparatoire de théologie. Ensuite, mes parents dépendaient financièrement de moi. L'augmentation de la retraite de mon père, promise depuis des années, est arrivée à ce moment-là. J'ai été voir mon patron pour rompre mon contrat de travail. Il a refusé : "Sidi Gabriel, on ne va pas vous laisser partir, on vous retiendra manu militari !" Quelques jours plus tard, il me rappelle : "Sidi Gabriel, c'est Dieu qui vous appelle, on vous laisse partir !" J'étais amoureux d'une jeune femme qui aimait l'homme et ne se voyait pas en femme de pasteur, mais ça n'a pas été trop dur de rompre ». Grâce à une bourse, après six mois de préparation, il entre à la faculté de théologie de Paris. « J'étais motivé mais cela a été laborieux et éprouvant. Mes études remettaient en cause ma foi candide ».

Début de carrière chez les Ch'tis

A 35 ans, son premier poste est à Caudry, dans le Nord. « Je ne l'avais pas choisi. Je constate que tout ce que j'ai fait d'important, de valable m'a été imposé. J'ai appris à être attentif à ce qui venait à moi et à reconnaître Dieu à l'œuvre dans ma vie. En 1966, le pasteur Marty, rédacteur du journal "Nord protestant" m'invite à une réunion du comité de rédaction. A la réunion, il n'est pas là : il a eu un infarctus, et on me dit : c'est vous qui allez le remplacer ». Gabriel s'enthousiasme pour ce travail qu'il n'a pas choisi et, en 1970, devient rédacteur en chef de « Nord Normandie protestant ». L'autre mi-temps est consacré à la paroisse « … des gens simples, chaleureux, qui voulaient m'offrir du vin à la place de la bière parce que je venais du Sud ».
En 1977, il arrive à Bagnols-sur-Cèze, pour se rapprocher de sa mère malade. « A Bagnols, j'ai appris que je pouvais rester ami avec des gens qui n'étaient pas d'accord avec moi ».

« Je me suis attaché à cette vallée »

En 1993, Gabriel accueillait chez lui le décor du film « La colline aux mille enfants » de Jean-Louis Lorenzi. Avec tout le village, il fait dela figuration. Dans la scène du culte auquel assistent les autorités allemandes, il entonne un vibrant « La foi renverse devant nous… » que reprend l'assemblée. Une belle rencontre et un beau film ! Retraité en 1994, il lançait en 1997 l'exposition « Art et vie en Vallée Borgne ». Il reste disponible quand on a besoin de lui, ce qui arrive fréquemment.
Chaque mardi, Gabriel rejoint ses amis de la chorale de la Fédération de la Vallée Borgne que dirige madame Azamberti : « Quand on chante ensemble, les cœurs se rapprochent » dit-il.

 

REPERES

Un fil conducteur :
- Marseille : illustrations dans le journal du « patro », chorale « Petits chanteurs de St-Lazare ».
- Algérie : dessin, chorale « A cœur joie ».
- Tunisie : peinture, direction du chœur des enfants de l'Eglise réformée.
- Caudry : illustrateur et rédacteur en chef du journal « Nord protestant » puis « Nord Normandie protestant ».
- Bagnols-sur-Cèze : émissions sur « Gard antenne ».
- St-André-de-Valborgne : participation à la chorale de la Fédération, à l'Ensemble vocal des Cévennes. Illustrations pour l'Almanach du Valborgne. Exposition annuelle dans le temple.


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