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Accueil Foi en textes Rencontres avec Nicole Keller : quand Dieu s'approche...
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Rencontre avec Nicole Keller :
quand Dieu s’approche…

par Christian DAVAINE

P0411.jpgNée en 1957 de parents ardéchois et protestants, devenue pasteur et épouse de pasteur, mère de quatre enfants, Nicole Keller est aumônier d’hôpital à Marseille, un ministère que beaucoup jugent difficile, mais qu’elle habite joyeusement et passionnément. Elle y a trouvé sa véritable vocation et ne cesse de se former pour mieux l’assumer.

«Qui enverrai-je ? Qui donc ira pour nous ? demande Dieu au prophète Esaïe. Et c’est vrai qu’il n’a que nous, ses enfants, pour incarner sa présence, pour parler et pour manifester son amour » affirme avec conviction Nicole Keller, envoyée en mission dans le vaste champ des hôpitaux publics de Marseille. « Et si on n’y va pas, poursuit-elle, Dieu alors reste lointain, un Dieu dans le ciel ! Visiteurs et aumôniers d’hôpitaux, envoyés par le Christ, nous sommes un peu les mains et les bras de Dieu qui s’approche auprès de celui qui souffre et vit un moment difficile ». Nicole Keller, derrière beaucoup de discrétion et de douceur, laisse éclater avec force et enthousiasme la foi profonde qui l’anime, quand elle évoque la vocation de tout membre de l’Eglise de visiter, au nom du Christ, celles et ceux qui en ont le plus besoin.
Et c’est dans ce ministère de visite que sa vocation pastorale va s’enraciner et s’approfondir dès le début de son engagement comme pasteur ERF en 1989 à Poitiers, puis pendant cinq ans à Nice et aujourd’hui à Marseille où elle « dessert » les quatre grands hôpitaux publics. Une immense « paroisse » pour une femme seule, secondée par une petite équipe de visiteuses bénévoles.

Rebelle
Mais Nicole a les pieds bien trempés dans la terre ardéchoise de son enfance, où ses parents, protestants engagés, tenaient une ferme près d’Alboussière. Personnalité un peu rebelle, elle sort du circuit scolaire classique pour découvrir la vie dans des expériences multiples et variées (Journal Le Point, hôpital Debrousse à Lyon...). Elle passe son baccalauréat en candidate libre, en même temps qu’elle commence des études de théologie à Aix-en-Provence pour mieux connaître la Bible et mettre des mots personnels sur une foi héritée de famille. Mais à 24 ans, un drame familial bouleverse sa vie : la mort accidentelle de son frère. « On ne s’en remet jamais » confie-t-elle. Ces personnes tant aimées qui peuvent disparaître à jamais en un instant, voilà qui pose mille questions et provoque souffrance et révolte. Nicole est réellement éprouvée, sa foi chancelle, elle est malade, elle arrête ses études. Elle va travailler alors à Marseille, rejoignant Frédéric Keller, objecteur de conscience au centre Guillaume Farel, rencontré à la faculté de théologie et qui deviendra son époux. Après sa licence de théologie à Aix, elle fera sa maîtrise à Montpellier, où « enfin, dit-elle, j’ai plaisir à me sentir libre de n’être pas d’accord ! » Les études de théologie lui ont permis de mettre des mots sur ce qu’elle découvrait de la vie et sur le sens qu’elle voulait donner à la sienne. « Elles ont été pour moi, dit-elle avec reconnaissance, une réelle ouverture de pensée et une occasion inégalable de créativité théologique, de par la diversité des professeurs rencontrés ».
Et si Nicole est aujourd’hui une pasteure heureuse de l’être dans ce ministère d’aumônerie, elle sait que ce qui la fonde comme ce qui la questionne, lui vient de toutes ces années d’expériences diverses, de recherche personnelle, de deuil à traverser, d’études auxquelles donner sens. « C’est de l’expérience vécue que j’ai appris le plus, affirme-t-elle, et les coups durs m’ont toujours fait revenir à l’essentiel ».
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Attendue
« L’époque a changé » constate Nicole Keller quand elle évoque son métier d’aumônier. Et de souligner combien aujourd’hui la présence et les propositions d’une aumônerie chrétienne dans les hôpitaux sont attendues et demandées. Il n’en était pas de même au début de son ministère fin des années 1980, où la « religion » semblait plutôt mal venue et déplacée dans le milieu hospitalier. « Actuellement je vais dans beaucoup de services différents, réanimation, soins palliatifs, psychiatrie, prisonniers hospitalisés, et partout je suis attendue. Certains soignants souhaiteraient d’ailleurs que je vienne plus souvent ».
Les médecins et les infirmières qui prennent conscience que la personne hospitalisée n’est pas seulement un corps malade, s’ouvrent davantage aujourd’hui à une autre dimension que le soin médical, où la personne est accueillie dans sa globalité et comme sujet à part entière.
Nicole les rencontre dans les groupes de partages bibliques œcuméniques ou à l’espace éthique, dans les groupes de parole conduits par des psychologues et dans les écoles d’infirmières. « Mais surtout, raconte Nicole, ma disponibilité me permet de rencontrer les soignants dans les services et les couloirs, pour discuter, parler de leurs difficultés comme de leurs joies ».
Nicole Keller visite bien sûr surtout les malades, et l’accompagnement personnel reste l’essentiel de son ministère. Elle rencontre notamment beaucoup de personnes atteintes du cancer.

Oecuménique
Nicole Keller assure son ministère avec l’aide d’une petite équipe de visiteuses qui demande à s’agrandir. Peu de volontaires se lancent. Et aucun visiteur masculin !
Nicole pense que ce service de la visite, pourtant très concret, « fait un peu peur » : peur d’être confronté à la maladie et renvoyé à sa propre histoire, peur d’être dans l’écoute et la présence gratuite sans avoir rien à « faire » ! Nicole rappelle que celles et ceux qui veulent être visiteurs sont préparés, accompagnés, formés et suivis en équipes (groupes de paroles, rencontres de formation…) : une belle aventure à vivre et partager dans une fraternité œcuménique et interreligieuse forte et vraie, avec les autres aumôniers et visiteurs catholiques, musulmans, israélites. Quand Dieu s’approche, les frontières et les chapelles humaines s’effacent.

Repères

Aumônerie protestante à l’hôpital
3 postes dans la région ERF PACCA, à Nice, Marseille et Avignon.
Hôpitaux publics de Marseille desservis par l’aumônerie protestante : La Timone, La Conception, Ste-Marguerite, Hôpital Nord.
L’hôpital protestant Ambroise Paré est desservi par les pasteurs de Marseille.
Pour participer comme visiteur, visiteuse, à l’aumônerie protestante, ou signaler des personnes hospitalisées.




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