Rencontre avec Michel Mizzi : Du temple à la prison
par Françoise PERRIER-ARGAUD
Ni fils, ni petit-fils, ni neveu de…, un nostalgique de la généalogie huguenote ne peut pas tirer le « spaghetti » pour trouver des liens de parenté avec lui. Sans ce poids de la tradition, sereinement, il inaugure, peut-être, une autre voie du ministère.
« Le Seigneur a appelé, y a-t-il quelqu’un ? » (Esaïe 50) « Réconfortez mon peuple, une Bonne nouvelle est là, possible... » (Esaïe 40). Ces deux versets d’Esaïe ont fortement interpellé et guidé Michel Mizzi, par le passé mais encore aujourd’hui : « Concernant ma famille. Je suis le troisième de trois garçons. Et le seul de mon entourage familial qui s’intéresse au domaine spirituel. Cependant, l’accueil de ma vocation et de mon souhait de m’engager dans cette voie s’est fait dans une grande tolérance et un grand respect pour ce choix. J’ai connu l’Eglise réformée (ERF) à Sainte-Foy-la-Grande, petite communauté dans ma petite ville du Sud Ouest, entre Bergerac et Bordeaux. J’y ai suivi le catéchisme, la Feeuf (scoutisme unioniste), puis le groupe de jeunes. Un parcours assez classique ! Deux pasteurs ont marqué de manière importante ce parcours par leur accompagnement et leur enseignement. Il s’agit des pasteurs Daniel Urbain, lors de mes années KT, puis de Gérard Scripiec pour la suite. J’ai commencé mes études de théologie à Aix-en-Provence où j’ai connu ma femme Arielle et nous avons fini nos études à Montpellier. Nous avons trois enfants, Marie, 21 ans en 5e année de médecine à Bordeaux, Raphaël, 20 ans, à Nîmes, étudiant en psychologie et Zacharie, 17 ans, à Grenoble en études de sport. J’ai deux passions : le tennis où je suis classé (mal, mais classé quand même) et le chant, j’ai suivi des cours de chant lyrique (ténor). Maintenant je chante dans une chorale. La promotion d’entrée dans le ministère, pour autant que mes souvenirs soient exacts, était très diversement composée avec, me semble t-il (en 1988) une majorité de jeunes ayant commencé leurs études de théologie après le Bac ». Ceci n’est plus le cas aujourd’hui où la moyenne d’âge de la promotion avoisine les 40 ans.
Découvrir un monde Une fois les études terminées, Michel est nommé dans la paroisse du Mazet-St-Voy où il apprend beaucoup sur le métier pastoral. Intéressé par la dissémination, il part en Corse. La paroisse est immensément grande en kilomètres mais très petite en personnes. Il n’y a pas de communauté traditionnelle, sauf à Ajaccio. C’est dans l’île qu’il découvre le milieu pénitentiaire à Bastia puis à Borgo. Le ministère d’aumônier des prisons est passionnant ; il a été associé par les équipes des professionnels (surveillants, éducateurs) et c’est là qu’il a connu la profession de conseiller d’insertion et de probation (CIP). De retour sur le continent, il a repris le ministère traditionnel à Nyons tout en ayant envie de repartir dans un domaine social. « Dénoue les liens de servitude, renvoie libres les opprimés, détache les jougs, partage ton pain... » Ce troisième verset (dans Esaïe 58) peut justifier l’orientation prise par Michel dans les années 2000. Il prépare les concours de l’administration pénitentiaire et d’assistant social. Les ayant réussis tous les deux, il se dirige tout naturellement vers cette première. Après deux ans d’études à Agen, il est nommé conseiller au Puy-en-Velay et en 2006 à Valence. Il travaille sous la responsabilité du juge d’application des peines.
Donner un avenir Sa mission est d’aider à la prise de décision judiciaire, de mettre à exécution les décisions pénales et de prévenir la récidive, ce qu’il résume en peu de mots : donner un avenir à des jeunes qui n’en ont pas eu. Il travaille en milieu ouvert, a la charge des condamnés à des travaux d’intérêt général et s’adresse à des primo délinquants jeunes majeurs. La dérive initiale est « relativement » facile à stopper. Quand on lui demande pourquoi il a quitté le ministère, il explique : « les paroisses ne sont pas assez tournées vers la diaconie. J’aurais pu devenir aumônier pénitentiaire, mais celui-ci est tenu hors du champ social. J’ai eu envie d’aller plus en avant dans le travail social. Je reste discret sur ma précédente situation. Je suis devenu un professionnel strictement laïc. Je n’ai pas cherché à rencontrer l’équipe d’aumônerie, ne voulant pas mélanger les genres ».
L’Evangile, une ressource Aux trois versets que Michel cite volontiers, on pourrait en ajouter un quatrième pris dans l’évangile de Matthieu : chaque fois que vous avez fait cela à un de mes frères, à l’un des plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait. En congé de l’Eglise réformée de France depuis 2004, Michel Mizzi ne s’en est pas détaché. Il n’est pas devenu une autre personne en changeant de métier. Il assure une solidarité, prêche deux fois par mois dans une paroisse en vacance de poste et fait quelques visites. A l’heure actuelle, où l’on observe avec joie l’arrivée grandissante de proposants quittant une activité professionnelle pour le ministère, il n’est pas inquiétant de voir le mouvement inverse, les jeunes étudiants n’envisageant d’ailleurs pas de mener une carrière entière dans le ministère. Dans la mesure où, comme le dit Michel, on ne devient pas une autre personne quand on change de métier. Au fond de moi, c’est l’Evangile, ma ressource à moi, c’est l’Evangile.
Repères
Le conseiller d’insertion et de probation
Mission : préparer la réinsertion des détenus. Il exerce son métier au sein des nouveaux services pénitentiaires d’insertion et de probation. Il a compétence pour suivre les personnes en détention ou en liberté sous contrôle judiciaire et est en relation avec les intervenants sociaux et institutionnels du département. Etudes : recrutement sur concours bac + 2 ou diplôme d’Etat d’assistant de service social ou d’éducateur spécialisé. La formation organisée par l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire est rémunérée et dure deux ans (un an pour les titulaires d’un des diplômes d’Etat cités).
© Réveil - Rencontre avec - janvier 2009
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