Rencontre avec Antoine Caballé : un enseignant inspiré
par Loïc de PUTTER
Antoine Caballé, seul de sa fratrie à être resté à Saint-Etienne, passe pour le casanier de la famille. Solitaire pour les uns, original pour les autres, il a la faculté de savoir témoigner naturellement de tout ce qui l’habite, en Eglise, son lieu d’engagements, comme à l’école, son lieu de travail.
Quelques mots échangés sur le parvis du temple : « Il faudra qu’on se voie… c’est pour le journal régional. Un portrait ! » Mimique gênée et dubitative de mon interlocuteur. « Vraiment ? » L’idée de ce portrait le met déjà mal à l’aise. « Il faut regarder à Dieu plus qu’à moi. Celui-ci est important ! » Membre du conseil régional en Centre-Alpes-Rhône, Antoine Caballé fait également partie du conseil presbytéral de l’Eglise réformée de Saint-Étienne et du Forez. C’est chez lui, dans sa maison de Saint-Bonnet-les-Oules, qu’il me reçoit. Je le connais un peu, il m’est donné ici de le vérifier encore une fois : Antoine est animé d’une espérance parfois déroutante, toujours communicative. Il est de ces individus qui laissent transparaître ce qu’ils sont à travers tout ce qu’ils font.
À la croisée des cultures, l’Église Né en France de parents catalans, et marié depuis trente-cinq ans à Iny, de nationalité néerlandaise, Antoine reconnaît ses triples attaches de citoyen du monde. Ses parents, très impliqués dans la vie civile de Sant Joan Despi, près de Barcelone, ont dû fuir l’Espagne franquiste. Traversant la Seconde guerre mondiale en France comme bon nombre de leurs compatriotes, ils se sont finalement installés en terre stéphanoise. L’Evangile tel qu’il était vécu dans l’Eglise réformée a reçu leur adhésion, nourrissant chez eux une foi profonde qui a irrigué la famille. De son père poète, Antoine a hérité l’amour des mots, il écrit et compose des chansons qu’il accompagne de sa guitare. À l’école pour ses élèves, ou pour l’Eglise, ce mode de communication lui permet de traduire sa foi de façon personnelle et sensible. « Les paroles des chansons viennent en moi, imperceptiblement, tout comme la mélodie », explique-t-il. Rien de plus simple. Aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours été marqué par la foi chrétienne. Son baptême à sept ans est un moment décisif. Il découvrira plus profondément la dimension de l’Eglise à 26 ans, après un temps de recherche et l’exploration de divers milieux ecclésiaux. Lorsqu’il revient au temple, personne ne lui dit bonjour. Cette attitude provoquera une réaction, inattendue : « Je me suis senti accueilli, mais autrement, j’étais chez moi ! » La communauté protestante des sœurs de Pomeyrol l’aide à comprendre alors la dimension œcuménique et l’unité profonde de l’Église universelle déjà accomplie en Christ. Il découvre que le témoignage de la réconciliation en Christ, avec Dieu et entre les hommes, est le fondement de l’Église.
Enseignement et témoignage
Dans le monde de l’enseignement où il exerce depuis 1973, il se sait passer parfois pour un marginal, ou un rêveur, il l’avoue à demi-mots. Par la création d’histoires, de chants, par la mise en œuvre de danses, Antoine tente alors de faire passer auprès des enfants un message de l’espérance qui l’habite, et qu’il ne peut exprimer explicitement dans le cadre scolaire. Son idéal pédagogique reste celui d’une école ouverte, rappelant que l’individu, donc l’élève, est un tout indivisible, relié et solidarisé à tous les autres et plus largement avec le monde du dehors.
De la désillusion à l’espérance Antoine admet pourtant ses difficultés à mettre en œuvre cet idéal et sa conception de l’individu. « Avec les enfants, c’est plus facile, ils ont cette naïveté qui leur est naturelle… quoique (soupir), c’est plus difficile aujourd’hui qu’avant ». Convaincu qu’à ces enfants les temps que nous traversons aujourd’hui tendent à enlever la part de rêve qui leur revenait, Antoine reconnaît qu’ils sont devenus parfois moins naïfs que lui : « Eux te disent que tu es un rêveur ! » Lorsque la réalité anéantit la part de rêve qui revient à chacun… où en sommes-nous dans notre relation à l’autre, à Dieu, à nous-même, à notre monde ? « Il reste, et c’est la foi en Christ qui nous l’apprend, que l’idéal est corruptible et qu’il est fait dès lors pour être dépassé, renversé, retourné, et qu’il est bon qu’il en soit ainsi. Il nous revient alors encore à accueillir l’espérance incorruptible qui nous vient d’en haut ».
Une conception de l’humain Sa thèse de doctorat, soutenue en 2004, tente de mettre en ordre une réflexion pédagogique et de signaler l’originalité de l’apport biblique en ce domaine. Antoine y a consacré une année pour travailler le sujet à plein temps, et douze ans de rédaction. Sous le titre Bible et éducation, une autre pédagogie, cette thèse aborde une question présente au cœur du message biblique et évangélique qui relie l’universel au singulier. Ce lien se vérifie en pédagogie : « Jésus décrit l’enfant comme étant notre modèle, notre maître en quelque sorte, et à l’éducation première de Dieu vers l’homme peut enfin répondre celle de l’homme envers lui-même ». Sur le terrain, Antoine permet une grande liberté aux enfants, tout en maintenant haut le niveau de ce qu’il attend d’eux. Il ne veut rien d’autre, m’explique-t-il, que les éduquer, au sens étymologique du terme « ex-ducere », conduire dehors. Étant entendu que conduire dehors revient à responsabiliser, à apprendre à se démarquer, et à accepter dès lors la part de risque que cela induit. Antoine invite ainsi à revisiter la notion d’éducation et celle d’individu et de personne humaine. Mais il le sait, en ce domaine comme en d’autres, on ne maîtrise bien heureusement pas tout.
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Louanges Le chant des bien-aimés C’est une chanson pour la terre Chant d’amour de liberté Voici les hommes sont frères C’est le chant des bien-aimés. Un enfant nous le fredonne Un ami nous l’a donné La main ouverte le donne Chant d’amour de liberté. Si Dieu veut nous le dirons Par les plaines et sur les monts. Aujourd’hui un jour commence Un amour souffl’ en nos cœurs Aujourd’hui s’ouvre une danse Qu’il faudrait chanter du cœur. Parcourir la terre entière Marcher sur routes et sentiers Traverser mers et rivières Afin de partout chanter Si Dieu veut nous le dirons Par les plaines et sur les monts. Antoine Caballé (Été 1982, à sœur Antoinette et à la communauté de Pomeyrol) |
© Réveil - Rencontre avec - septembre 2009
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