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Accueil Foi en textes Rencontres avec Marcel Manoël : Garder le cap !
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Rencontre avec Marcel Manoël :
Garder le cap !P1601-A.jpg

par Françoise SASLAWSKY


Il a toujours su qu'il voulait être pasteur. Venu d'un village des Cévennes, aujourd'hui à Paris en passant par l'Afrique, l'Auvergne, Lyon et Nîmes, partout il a cherché à définir les orientations et à unir les responsables sans illusion ni pessimisme.

Voici un homme tranquille qui s'attache à faire bien ce qu'il doit faire. Questionné sur ce que représente d'obligations la tâche de président du conseil national de l’Eglise réformée de France (ERF) qu'il exerce depuis six ans, il dit : « C'est manifester dans un ministère personnel l'unité de l'Eglise. Ce qui veut dire assister aux synodes, rencontrer les présidents des conseils régionaux, réfléchir, avec ceux qui en ont la charge, à l'avenir de l'Eglise ». En somme être à la dunette le capitaine qui officialise les orientations du navire, assiste aux événements des Eglises locales et représente l'Eglise réformée de France devant les autorités de l'Etat et les Eglises sœurs. Dans les soutes du navire, il lui revient aussi de surveiller la vie financière, de réagir aux textes gouvernementaux, et de régler des conflits qui, pour être religieux, n'en sont parfois que plus désolants.

Différents serviteurs pour l’Eglise
En pratique, cette tâche ressemble beaucoup à celle d'un PDG d'entreprise, dont l'agenda exige beaucoup de sorties, beaucoup d'heures de TGV et une épouse patiente et disponible. L'Eglise réformée, c'est 420 pasteurs (dont un tiers de femmes ), des pasteurs retraités, eux aussi d'une grande diversité, deux facultés de théologie et un grand nombre d'œuvres et d'associations liées à l'Eglise et souvent créées à son initiative. Sur le terrain : les Eglises locales, des plus petites aux plus grandes, sont gérées par leur conseil presbytéral ; les conseils presbytéraux se rassemblent en régions gérées, elles, par des conseils régionaux : c'est notre système presbytérien-synodal, un système démocratique et laïque auquel les protestants sont attachés parce qu'ils lui doivent leur liberté.
Les présidents de conseil régional ne sont pas des évêques et le président du conseil national n'est pas un cardinal : un pasteur dans notre Eglise n'exerce pas une fonction à vie et la progression n'est pas vécue comme pyramidale. C'est ce que nous dit Marcel Manoël quand nous lui demandons de bien vouloir retracer pour nous les étapes de son ministère : on ne gravit pas les degrés d'une hiérarchie ; on passe suivant les besoins d'une forme de service à un autre.


De Saint-Jean-du-Gard à Paris
Jeune cévenol de Saint-Jean-du-Gard, marié avec Christiane, une fille de son village, il n'a jamais hésité sur le choix d'un itinéraire : il serait pasteur et déjà tout petit, dit la légende, il « jouait à prêcher dans l'escalier ». Scoutisme, confirmation, lycée et études de théologie à Montpellier, il y soutient sa thèse de maîtrise sur le Prophétisme camisard, un sujet à cette époque moins connu qu'aujourd'hui.
Départ du jeune couple vers l'Afrique avec le Défap (alors Département évangélique français d'action apostolique) ; quatre ans à Brazzaville au Congo et quatre ans à Bangui en Centre-Afrique, Marcel comme pasteur-P1701-A.jpgenseignant et Christiane comme enseignante. Entre temps, il suit un proposanat d'un an à Nancy.
Pour eux, avec leurs trois enfants, c’est la découverte de l'Afrique, de l'esprit missionnaire, de la solidarité et de la création d'un nouveau partenariat avec les collègues africains dans des Eglises qui deviennent autonomes. Presque q
uarante ans après, à ce souvenir, les deux visages s’éclairent.
On retrouve la famille Manoël à Clermont-Ferrand pour succéder au pasteur Alphonse Maillot (réputé pour ses explications actualisantes de la Bible). Puis c’est le départ pour Lyon, cette fois comme président du conseil régional à une période où, d'une rive à l'autre du Rhône, il fallait apprendre à travailler ensemble, après des décennies d'individualisme protestant. Le poste suivant, Marcel Manoël passera de la très grande région Centre-Alpes-Rhône à un quartier de la ville de Nîmes, celui de l'Oratoire. Ce qui le rapprochera de ses racines cévenoles, mais sera difficilement compréhensible pour ceux qui ont l’esprit hiérarchique et linéaire. Ils seront rassurés quand ils apprendront qu’il est démocratiquement sollicité et élu au poste de président du conseil national de l'Eglise réformée.
Un président pour qui l'essentiel de la tâche est de rencontrer des personnes, de faire travailler ensemble des responsables et des équipes. De ne jamais perdre le cap en réassurant chacun des richesses de nos Eglises réformées. C'est vrai, nous avons moins de pasteurs, moins de temples utilisés tous les dimanches. Mais toute la vie de l'Eglise change comme son insertion dans la société. Aujourd'hui, il y a tellement plus de laïcs qualifiés, engagés ! Tellement plus de groupes différents, d'entraide, d'échanges, de formation ! C'est cela aussi qu'il faut apprendre à voir et à faire connaître par les moyens actuels d'information.

Comment rendre compte de sa foi
« Quand je revois mon itinéraire, dit Marcel Manoël, je trouve que j'ai eu beaucoup de chances. Être pasteur m'a fait rencontrer des gens remarquables et vivre des expériences passionnantes. Parmi les aspects les plus encourageants de ma fonction, il y a ces rassemblements régionaux où les protestants se rendent visibles. Il y a la fidélité et la générosité des membres d'Eglise qui la font vivre par leur engagement personnel. Comment toujours rendre compte de sa foi, de son engagement ? La question nous concerne tous, petits et grands, ruraux et citadins pasteurs et laïcs ».

P1701-B.jpgRepère :

Quelques chiffres
L’Eglise réformée est la première Eglise protestante en France. Noyau actif et engagé : 50 000 familles. 300 000 personnes participent ou font appel à ses services (de moins en moins issues de familles ou de terroirs traditionnellement protestants).
492 associations cultuelles (base légale de l’Eglise locale), 881 lieux de culte, 412 postes de pasteurs incomplètement pourvus.
340 pasteurs en paroisse (sur 420 ministres), dont 29 % de femmes et 18 % sont nationalité étrangère.
Au niveau international et extra-européen, l’Eglise réformée de France fait partie de l’Alliance réformée mondiale (ARM) et du Conseil œcuménique des Eglises (COE) : tous deux à Genève.

 


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