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Théologies du siècle dernier (2) : Karl Barth et la théologie dialectique

Théologies du siècle dernier (2) : Karl Barth et la théologie dialectique

 

par Gilbert CARAYON

Au début du XXe siècle, la théologie prêche l'élévation du genre humain, de l'état de nature à la civilisation. Mais l'histoire tant invoquée par les théologiens allait leur donner tort, car le XXe siècle ne commence pas le 1er janvier 1900, mais dans les tranchées de 14-18.

En août 1914, 92 intellectuels allemands signent le Manifeste par lequel ils soutiennent la politique belliciste de l'empereur Guillaume II. C'est un choc pour Karl Barth (1886-1968), alors pasteur en Suisse, qui en vient à se demander comment le pasteur qu'il est peut encore parler de Dieu. Or Dieu a parlé et cette parole se trouve dans la Bible. Pour Barth, c'est le point de départ. En 1924, il écrit (Das Wort Gottes und die Theologie p. 24) : « Le contenu de la Bible, ce ne sont pas les idées justes des hommes sur Dieu, mais les idées justes de Dieu sur les hommes. Nous ne lisons pas dans la Bible comment nous devons parler de Dieu, mais ce qu'il nous dit. Non pas comment nous trouvons la route pour aller à lui, mais comment il a cherché et trouvé la route pour venir à nous… » Cette affirmation ouvre la voie à la théologie dialectique qui oppose spéculation théologique et voie de Dieu, religion et révélation.

Dieu est Dieu et l'homme est sur la terre
En 1918, Barth écrit son commentaire de L'épître aux Romains. Il y redécouvre l'altérité et la transcendance absolue de Dieu, et y redéfinit la foi. Contrairement aux théologiens du XIXe siècle qui plaçaient dans la foi l'expérience religieuse de l'homme et le siège des certitudes, Barth la définit comme « le respect de l'incognito divin, l'amour de Dieu dans la conscience de la différence qualitative entre Dieu et l'homme. Le croyant ne peut pas compter sur le fait qu'il croit ; il peut seulement croire qu'il croit » (H. Zahrnt, Aux prises avec Dieu, p. 34).

Devenu professeur de théologie réformée à Göttingen, Barth fait paraître le premier volume de sa Dogmatique en 1932. Les thèmes principaux sont : la révélation de la grâce de Dieu, universelle et irrésistible, et la distinction entre la religion et la révélation. La religion est incrédulité, elle est l'affaire de l'homme sans Dieu ; alors que la révélation est uniquement l'oeuvre de Dieu en Jésus-Christ. Cette distinction entre religion et révélation est tellement radicale pour Barth que la révélation ne souffre aucune récupération religieuse ou, à plus forte raison, étatique. Ce qui le conduit à s'engager concrètement dans la lutte contre les dictatures et à être le principal auteur de la Déclaration théologique de Barmen : texte fondamental d'opposition chrétienne à l'idéologie nazie.

De la dialectique à l'analogie
Après la fin de la 2e guerre mondiale et dans la suite de sa dogmatique, Barth s'attarde sur l'incarnation du Christ. La séparation (dialectique) fait place à la communion (analogie). En Jésus-Christ, Dieu et l'homme sont réunis. Cette analogie ne se fonde pas sur une qualité ou une disposition de l'homme, mais sur l'incarnation par laquelle Dieu se fait homme, désormais Jésus n'est pas seulement la révélation de Dieu, il est aussi celle de l'homme. En conséquence tout être humain est un semblable de Jésus. C'est le fondement du rejet de tout antisémitisme et autre discrimination raciale. Désormais, pour Barth, la théologie ne doit s'occuper ni de Dieu en soi ni de l'homme en soi, mais de Dieu rencontrant l'homme et de l'homme rencontrant Dieu. L'analogie a remplacé la dialectique. Il est plus important d'annoncer la grâce que le jugement.

© Réveil - Page théologique - novembre 2010

  • Créé le
    Mercredi, 01 Décembre 2010
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