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Théologies du siècle dernier (3) : Rudolph Bultmann et la critique biblique

Théologies du siècle dernier (3) : Rudolf Bultmann et la critique biblique

 

par Gilbert CARAYON

Les Ecrits bibliques, et leur interprétation chrétienne, déclarent que Dieu s'est révélé en un personnage historique : Jésus de Nazareth. Quel crédit accorder à ce témoignage ? Telle est la question que Rudolf Bultmann se pose.

Rudolf Bultmann naît à Wiefelstede (en Allemagne) en 1884. Fils de pasteur luthérien, il est très attaché à la sauvegarde de la foi. Bultmann veut supprimer toute notion de sécurité dans la foi. Celui qui croit marche dans les ténèbres (H. Zahrnt, Aux prises avec Dieu, p. 280), il ne peut s'appuyer sur rien d'autre que sur la Parole prêchée. Et on ne peut prouver que cette parole est parole de Dieu. Si la foi a besoin de certitudes ou de miracles, alors elle n'est pas la foi. C'est la teneur de son enseignement à la chaire de Nouveau testament à l'université de Marburg, à partir de 1917.
En 1921, dans L'Histoire de la tradition synoptique, Bultmann reconstruit la formation des trois premiers évangiles. Il montre que les évangiles synoptiques ne sont pas des biographies de Jésus, mais des témoignages de foi des communautés chrétiennes primitives. En d'autres termes, les évangélistes n'écrivent pas ce qui s'est produit, mais ce que les premiers chrétiens croient.

Démythologiser le texte biblique
En 1941, dans un exposé sur le thème Nouveau testament et mythologie, Bultmann déclare que tout le discours du Nouveau testament est mythologique. C'est-à-dire qu'il utilise un ensemble d'images telles que l'incarnation d'un être préexistant, la mort expiatrice, la résurrection, l'ascension au ciel… des notions qui ne sont pas à prendre à la lettre, mais dont il faut découvrir le sens. « Si donc le message néo-testamentaire doit conserver sa valeur, il n'y a pas d'autre issue que de le démythologiser » (Mythologie et démythologisation, Jésus, p. 192). Mais qu'est-ce que démythologiser ? C'est interpréter afin de mettre en évidence le message, sans s'arrêter aux images utilisées par l'auteur et liées à sa culture. C'est dégager la parole de Dieu du décor miraculeux, afin que la foi s'applique à la Parole sans les béquilles du miracle.

La prédication, objet de la foi
Ainsi, adhérer au Christ ne consiste pas à croire que Jésus est né de façon miraculeuse, mais que, bien que né de parents et de manière ordinaire, il est la parole de Dieu faite chair. L'objet de la foi n'est pas l'événement tel qu'il est rapporté dans les textes, mais le kérygme, c'est-à-dire la prédication chrétienne qui confesse Jésus en tant que Christ. C'est pourquoi il n'est pas décisif (eschatologique dit Bultmann) de définir la réalité des faits relatifs à la vie de Jésus et d'y croire, mais de comprendre ce que l'auteur a voulu dire en présentant sa foi sous forme de faits historiques. Ainsi, par exemple, la résurrection du Christ n'est pas à croire dans les faits, mais à comprendre dans le sens que la mort de Jésus n'est pas une défaite, mais une victoire.
Cependant, la foi ne va pas se limiter à croire à la prédication de l'Eglise présentée dans le Nouveau testament, elle va croire que cette parole est celle du Christ. En fait, tout est question de foi.
Le véritable objet de l'étude de Bultmann est le Christ de la foi et la façon dont il est perçu par la foi. Pour lui, « peu importe comment les choses se sont passées » (Glauben und Verstehen I, pp. 250ss). « Ce n'est pas le Jésus historique, mais Jésus-Christ, le Jésus prêché, qui est le Seigneur » (Kerygma und Mythos I, p. 47).

© Réveil - Page théologique - décembre 2010

  • Créé le
    Lundi, 03 Janvier 2011
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