Théologies du siècle dernier (4) : Paul Tillich et la théologie de la médiation
par Gilbert CARAYON
A la fin de la Première guerre mondiale, la question de l'échec de la religion se pose. Pourquoi le christianisme n'a-t-il pas empêché l'horreur de la guerre ? Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? La transmission ou la réception du message ? Quelle est la réponse de Paul Tillich ?
Professeur de théologie en Allemagne, puis aux Etats-Unis à partir de 1934, Paul Tillich (1886-1965) s'interroge sur ce décalage entre l'idéal chrétien et l'expérience humaine, et pose la question de la méthode d'enseignement de l'Evangile. Par où commencer ? Par la révélation apportée aux hommes ou par les questions existentielles soulevées par l'histoire de l'humanité ? Tillich propose la voie de la corrélation. Une méthode qui ne veut privilégier ni les questions des hommes, ni les réponses de Dieu, mais qui repose sur la relation entre Dieu et l'homme. Tillich déclare que la théologie « doit remplir deux conditions : elle doit fournir une expression à la vérité du message chrétien, et cette expression doit être adaptée à chaque situation. Le rôle de la théologie est défini comme un "ministère de médiation" » (H. Zahrnt, Aux prises avec Dieu, p. 409).
Le Christ, être nouveau
C'est à partir de ce principe de corrélation entre l'humain et le divin que Tillich rédige sa théologie systématique. Il y parle de raison « théonome », dans une relation où Dieu ne soumet pas l'homme à une loi étrangère, mais le rencontre inconditionnellement dans le fond de son être et le conduit à se réaliser lui-même. Il y présente le péché comme « aliénation », séparation d'avec Dieu. La réponse étant la foi, la relation à Dieu : l'être intérieur et extérieur, le fondement et le sens de la vie. Cette relation nouvelle crée l'être nouveau. Cet être nouveau, c'est le Christ, placé dans les conditions de l'aliénation entre Dieu et l'homme, mais qui demeure uni à Dieu, non par son comportement moral, mais par la présence de Dieu en lui. C'est dans ce sens qu'il est Fils de Dieu. La déchirure est réparée et l'unité est restaurée. C'est cet être ancien guéri qui est l'être nouveau, l'être spirituel qui participe à la « Communauté spirituelle » qu'est l'Eglise et à la « manifestation du royaume de Dieu dans l'histoire ».
Deux conséquences
La réhabilitation de la religion. Tillich appelle « religion » l'acte d'accueil de la Révélation. Sans religion, il n'y a pas de révélation. Quiconque reçoit une révélation divine la reçoit conformément à sa religion ; et quiconque parle de la révélation divine parle en même temps de sa propre religion. Il n'y a donc pas de révélation pure, mais la révélation est toujours colorée d'une certaine manière par la religion comme par son « récipient ». C'est pourquoi la Bible est un document qui nous renseigne à la fois sur la révélation de lui-même faite par Dieu et sur la manière dont les hommes ont reçu cette révélation.
Une théologie de la culture. « La religion, en tant qu'elle est une préoccupation ultime, est la substance qui donne son sens à la culture, et la culture est la totalité des formes à travers lesquelles la préoccupation fondamentale de la religion peut s'exprimer. En résumé : la religion est la substance de la culture, la culture est la forme de la religion » (Théologie de la culture, p. 53).
© Réveil - Page théologique - janvier 2011