Théologies du siècle dernier (5) : La sécularisation
par Gilbert CARAYON
Où est Dieu ? Est-il étranger au monde ou présent dans la nature ? Transcendant ou en l'homme ? Et où est-il quand tout va mal ? S'il est tout-puissant et amour, pourquoi le mal ?
Ces questions auxquelles la religion n'a pas toujours su répondre, et les réflexions des philosophes du XVIIe au XXe siècle ont conduit la société à la sécularisation, c'est-à-dire à évacuer l'hypothèse Dieu. Deux théologiens ont étudié ce phénomène : Dietrich Bonhoeffer et Friedrich Gogarten.
Dietrich Bonhoeffer (1904-1945) et le christianisme sans religion
Arrêté en 1943 pour activisme anti-nazi, le pasteur D. Bonhoeffer réfléchit, du fond de sa prison, à la conjugaison de la foi chrétienne avec « le monde devenu majeur ». Analysant la religion, il se rend compte qu'elle a tendance à se couper du monde. Or quel est le Dieu de l'Evangile, sinon un Dieu incarné, impliqué dans le monde en Jésus-Christ ? C'est pourquoi, Bonhoeffer propose un christianisme sans religion. Il s'agit de « vivre dans le monde avec l'hypothèse de l'absence de Dieu. Il s'agit de vivre devant le Dieu de la révélation et avec le Dieu de Jésus-Christ, sans le "Dieu" de la religion… La religion part de la faiblesse et de l'impuissance de l'homme pour arriver à la force et à la toute-puissance de Dieu, qui attend l'homme aux confins de la vie, là où l'homme montre ses limites. La révélation, au contraire, part de la faiblesse et de l'impuissance de Dieu dans le monde et le montre présent au centre de l'histoire sur la croix du Christ. De là naît un sens nouveau de la transcendance : Dieu n'est pas simplement au-delà : "Dieu est au centre de notre vie tout en étant au-delà" » (Lettre du 30 avril 1944).
Mais qu'est-ce que vivre avec le Dieu de Jésus-Christ, sans le Dieu de la religion ? C'est « souffrir avec Dieu de la souffrance que le monde sans Dieu inflige à Dieu » (Lettre du 18 juillet 1944).
Friedrich Gogarten (1887-1967) et l'origine chrétienne de la sécularisation
Dans L'annonce de Jésus-Christ de 1948, Gogarten pose la question : « Jusqu'à quel point la contradiction entre le christianisme et le monde moderne est-elle inconciliable ? » Sa réponse est que « la sécularisation… s'enracine dans la foi chrétienne et en est une conséquence légitime » (Destin et espérance de l'époque moderne, p. 11). Pourquoi ? Parce que la foi chrétienne, en tant que foi « justifiante », dissocie le salut qui est justification reçue de Dieu, des œuvres humaines qui ne sont pas moyens de salut. « La foi préserve les œuvres dans leur signification terrestre, elle en fait une affaire du siècle, remise à la raison de l'homme » (idem, p. 93). La sécularisation est donc une conséquence de la foi.
Parce que, selon les Ecritures, le monde n'est pas sacré, il n'est que le monde. Là encore, la foi chrétienne est à l'origine de la sécularisation du monde.
Parce que, selon Galates 4.1 s., la majorité reçue dans la foi fait du chrétien un être responsable. Mais cette responsabilité n'existe qu'en vertu du lien avec Dieu.
En résumé, la sécularisation est un fait suscité par la foi chrétienne. Et elle doit être comprise comme telle, sinon, détachée de ses origines chrétiennes, elle devient « une déchristianisation ».
© Réveil - Page théologique - février 2011