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Théologies du siècle dernier (6) : La théologie du Process

Théologies du siècle dernier (6) : La théologie du Process

 

par Gilbert CARAYON

Née de la pensée philosophique du professeur de mathématiques anglais Alfred N. Whitehead (1861-1947), la théologie du Process privilégie le mouvement (d'où le terme « Process ») à la stabilité dans la réalité. Tout évolue, change et progresse.

On situe le point de départ de la théologie du Process en 1926, lors d'une conférence de H. N. Wiemann sur les conséquences religieuses de la pensée de Whitehead. Les théologiens du Process (John B. Cobb, notamment) ont pour objectif de construire une interprétation solide de la foi chrétienne ; pour cela ils restent à l'écoute des sciences et recherchent la cohérence. C'est pourquoi ils proposent une analyse « rationnelle » des écrits bibliques et évitent d'avoir recours au surnaturel et au paradoxe.

Tenir compte de la réalité
Or, qu'est-ce que le réel ? La physique nous apprend que le monde n'est pas un ensemble d'éléments juxtaposés, mais que la matière même est mouvement, changement et évolution. Ceci sous-entend que l'univers reçoit une impulsion, une inspiration extérieure sans laquelle il ne pourrait que se répéter et se dégrader. Les théologiens du Process voient dans cette « influence » l'action de Dieu pour un double but : favoriser un plein épanouissement de chaque entité et promouvoir un univers harmonieux.

La doctrine de Dieu
Dieu n'est pas fondamentalement différent des autres éléments constitutifs de la réalité. Par là même, il est limité : limité dans la connaissance, il ignore l'avenir ; limité dans la puissance (il est puissant, mais non tout-puissant), il ne peut imposer sa volonté ; limité dans l'espace, il fait partie de l'univers ; limité dans le pouvoir, il est subordonné à des principes et à des lois. Dieu est un être en devenir. « A travers l'histoire, il façonne sa propre identité. Par nos réponses, nos réactions, nous contribuons à façonner sa personnalité ; de la même manière que des enfants contribuent à faire de leurs parents ce qu'ils sont » (André Gounelle, Le dynamisme créateur de Dieu, p. 107).
Dieu est-il encore Dieu ? Oui, répondent les théologiens du Process, au contraire ; car un Dieu sans limite serait responsable de toutes les déficiences de la création et de tous les malheurs du monde. Comment donc l'adorer ? Alors qu'un Dieu qui lutte pour rendre le monde meilleur est digne de louanges.

Qui est Jésus-Christ ?
Les théologiens du Process dissocient les termes « Christ » et « Jésus ». Le Christ, c'est le Logos biblique (Jean 1.1-14), Dieu lui-même en tant que présent et agissant dans le monde. Jésus est un être humain comme nous, habité par le Logos comme chaque individu. Pourquoi est-il le Christ ? Parce qu'il accomplit parfaitement la mission que le Logos lui a confiée d'incarner le projet de Dieu. Cette vocation n'implique pas la croix. « Dieu n'a pas décidé l'exécution de Jésus, elle arrive contre sa volonté ». La croix révèle l'impuissance de Dieu et la résistance de l'être humain au dessein de Dieu. Elle manifeste que la gloire de Dieu se révèle dans son amour et elle se comprend à la lumière de Pâques. La résurrection est la réponse de Dieu à la croix. « Dieu récupère, intègre et dépasse l'horreur de la croix ». Comme toujours, « il insère les négativités dans un ensemble plus vaste, et leur donne, de ce fait, une valeur positive » (idem, p. 163).

© Réveil - Page théologique - mars 2011
  • Créé le
    Mercredi, 30 Mars 2011
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