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Théologies du siècle dernier (7) : La théologie de la libération

Théologies du siècle dernier (7) : La théologie de la libération

par Gilbert CARAYON, pasteur

L'histoire dramatique de la 1re moitié du XXe siècle a fait resurgir le débat relatif au royaume de Dieu. Comment vient-il ce royaume ? Par un jugement apocalyptique qui renversera les royaumes du monde, ou comme une transformation intérieure de la société ? Et qui l'instaure : Dieu ou les chrétiens ? Se confond-il avec l'Eglise ou est-il extérieur à elle ?

La réforme protestante veut rendre à Dieu la souveraineté sur l'humanité et le monde. Luther a peur de l'homme se sauvant tout seul et de l'Eglise sauvant le monde. Mais le courant anabaptiste considère que c'est aux chrétiens d'établir le Royaume. Le protestantisme a toujours oscillé entre le présent du Royaume vécu comme l'idéal de la communauté chrétienne fondé en Christ et manifesté par l'amour fraternel (c'est la thèse du protestantisme libéral pour lequel le Royaume advient en ce monde) et l'attente du Royaume instauré par Dieu qui met fin à l'économie des hommes. Thèse qui est plutôt l'apanage des mouvements fondamentalistes.

Une théologie de l'espérance
En 1964, Jürgen Moltmann écrit Théologie de l'espérance : ouvrage dans lequel il met l'accent sur la promesse divine d'une terre où la justice habitera (Esaïe 32.15-18), et où il propose une vision de l'Evangile non comme accomplissement des promesses, mais confirmation de la promesse. Autrement dit, tout n'est pas accompli en Jésus, le plan de Dieu doit encore se réaliser dans l'établissement du Royaume et l'instauration de la justice et de la paix. Moltmann propose alors cinq démarches éthiques : la lutte pour la justice économique, la lutte pour les droits de l'homme et pour la liberté, la lutte pour la solidarité humaine, la lutte pour la paix écologique avec la nature et la lutte pour la conviction (Rosino Gibellini, Panorama de la théologie au XXe siècle, p. 369). Le programme de la théologie de la libération est énoncé.

Les grands principes
La théologie de l'espérance trouve un écho particulier en Amérique latine. C'est là qu'elle devient « théologie de la libération ». Plusieurs ouvrages marquent cette réflexion :
1. Vers une théologie de la libération. Publication de la conférence de Gustavo Gutierrez tenue au Pérou en 1968.
2. Théologie de la libération. Traité systématique du même Gustavo Gutierrez en 1971.
3. Théologie de la captivité et de la libération de Leonardo Boff en 1975.
La théologie de la libération envisage une rupture avec la société actuelle. Rupture dans les pratiques, les institutions, les lois et les mentalités. C'est pourquoi une éducation libératrice est nécessaire et comporte trois niveaux : un niveau socio-politique, c'est-à-dire la libération des opprimés ; un niveau anthropologique, libération pour une société différente, à visage humain ; et un niveau théologique, libération du péché, racine ultime de toute injustice et de toute oppression, pour une vie de communion et de participation.
La théologie de la libération est un « ensemble » de pratiques destinées à changer la réalité, à transformer les rapports de dépendance et de domination. En conséquence, Jésus est avant tout le libérateur, le salut ne concerne pas que l'au-delà et l'Eglise ne se confond pas avec le royaume de Dieu. A elle de faire en sorte que celui-ci se réalise dans l'histoire.

© Réveil - Page théologique - avril 2011
  • Créé le
    Vendredi, 01 Avril 2011
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