Théologies du siècle dernier (8) : La théologie noire
par Gilbert CARAYON, pasteur
La théologie noire
La théologie noire est précédée par le mouvement des droits civiques, conduit par un jeune pasteur baptiste noir d'Atlanta : Martin Luther King. Le 1er décembre 1955, commence le boycott, par les 42 000 Noirs de la ville de Montgomery (Alabama), des autobus urbains qui pratiquaient le ségrégationnisme. Après 381 jours de boycott, la compagnie de transport, au bord de la faillite, cède et abolit le ségrégationnisme dans ses autobus.
La déclaration d'Atlanta
Pendant l'été 1966, la situation des ghettos noirs, sous l'influence du Black Power, devient explosive. Il est urgent pour les Eglises de prendre position. Le 13 juin 1969, la Conférence des théologiens et des prédicateurs noirs émet une Déclaration sur la théologie noire. Cette déclaration d'Atlanta met en exergue les points suivants :
- La communauté noire souffre d'une crise d'identité. Des siècles de servitude ont produit en son sein le doute de la dignité humaine noire.
- Le message que les Noirs découvrent dans l'Evangile est celui de la dignité humaine. En se faisant homme en Jésus-Christ, Dieu donne à tout homme la dignité. Au nom de l'Evangile, les Noirs revendiquent aussi cette dignité. Si celle-ci ne leur est pas reconnue, cela signifie premièrement que l'Evangile n'est pas pour eux. Au quel cas, Dieu n'aime pas tous les hommes et Jésus n'est pas venu pour tous. Et alors l'Evangile n'est pas l'Evangile. Et en second lieu, que l'Evangile n'apporte pas la dignité à tout homme. Ce qui revient à nier l'amour de Dieu et l'incarnation.
- La théologie noire se dissocie de l'héritage chrétien blanc en tant que don. Pour la communauté noire, l'Evangile n'a pas été « donné » aux Noirs, ces derniers se l'approprient. C'est une façon d'affirmer la dignité noire et sa non dépendance.
- La théologie noire fait ressortir l'aspect libérateur du christianisme. Une théologie qui laisserait l'être humain dans la servitude trahirait l'Evangile.
La couleur de Dieu
Dans son ouvrage Théologie noire de la libération (1970) James Cone pose la question : « Pourquoi une théologie noire ? N'est-il pas suffisant de parler de théologie de libération en faveur des opprimés ? » Cone répond en écrivant que la noirceur n'est pas seulement une donnée physiologique de la peau, mais elle est le symbole ontologique de tous les opprimés et de toutes les oppressions. Or « Dieu est toujours du côté des opprimés contre les oppresseurs » (p. 114, n. 5). C'est pourquoi « Dieu est noir » (chap. VI, p. 55-81). C'est la thèse centrale de la théologie noire.
La conférence d'Atlanta
Rassemblée pour faire le point sur la théologie noire, la conférence théologique d'Atlanta en août 1977 élabore et approuve un « Message à l'Eglise et à la communauté noire ». Ce message réaffirme la signification essentielle de la théologie noire en tant que « source d'inspiration et d'action pour tout le peuple noir et pour tous les peuples exploités et opprimés, qui restent frappés par l'importance de sa vérité pour leur situation ». La lutte continue donc. Une lutte qui se fait en lien avec tous les mouvements de libérations déjà existants ou à venir tels que la théologie sud-américaine de la libération, la théologie féministe ou la théologie du tiers-monde.
© Réveil - Page théologique - mai 2011