Théologies du siècle dernier (9) La théologie féministe
par Gilbert CARAYON, pasteur
La théologie féministe
La théologie chrétienne du XXe siècle privilégie le facteur libérateur du christianisme. Or, la moitié de la population mondiale (la féminine) a pris conscience de son asservissement. La liberté de l'Evangile vaut-elle pour une catégorie de la population ou pour tous ?
En 1854, Hannah Tracy Cutler proclamait : « Le temps est venu pour la femme de lire et d'interpréter l'Ecriture par elle-même » (Rosino Gibellini, Panorama de la théologie au XXe siècle, p. 494). C'est ce qui a motivé Elizabeth Cady Stanton pour aboutir à l'édition de La Bible de la femme (1895-1898). Pour elle, il faut réviser l'interprétation biblique traditionnelle, parce que « la Bible est l'expression d'une société et d'une culture patriarcales » (idem).
Dépatriarcaliser le texte
La théologie féministe ne rejette pas la Bible pour autant. Ne confondant pas le texte avec le message, elle tente de découvrir le message libérateur sous la rédaction dépendante et issue de la culture patriarcale et machiste de l'orient ancien. Le texte de base de la théologie féministe est Galates 3.28. La théologie féministe donne à ce texte une portée performative et actuelle. Comment comprendre alors les textes du Nouveau testament qui subordonnent la femme à l'homme, tels que I Corinthiens 11.1-16 ; 14.34-35, I Timothée 2.9-15 ou Ephésiens 5.22-24 ? La théologie féministe voit dans ces textes une récupération de l'ordre patriarcal par les responsables ecclésiastiques chrétiens de « deuxième génération », en opposition à l'esprit égalitaire initial. Et ce sera cette ligne patriarcale qui s'imposera dans l'Eglise pour les siècles à venir.
Conséquences théologiques
L'approche féministe soulève quelques questions fondamentales telles que : Que signifie l'expression Père appliquée à Dieu ? Pour Dorothee Sölle, le terme Père n'exprime pas l'autoritarisme religieux, mais le lien paternel et filial dans l'amour et la confiance. On pourrait donc dire que Dieu est Mère. Mais si l'expression Dieu Père s'est imposée, c'est en fonction du contexte patriarcal dans lequel le concept a été forgé. Pourquoi le sacerdoce est-il réservé aux hommes ? Pour le protestantisme, la question ne se pose pas exactement en ces termes, puisque l'eucharistie n'est pas un sacrifice mais un mémorial. Dans le catholicisme, l'ordination des femmes reste un combat de la théologie féministe, mené en faisant valoir la dimension égalitaire du baptême. Une autre définition de l'éthique. Pour Rosemary Ruether, la théologie féministe conduit à une conscience nouvelle du mal et du péché. Au lieu de condamner, comme la théologie classique, l'orgueil et l'affirmation de soi, la théologie féministe fustige plutôt le laisser-aller, le sentimentalisme, la dépendance et la négation de soi. La repentance n'est donc plus manifestée par la soumission et l'obéissance, mais par le rétablissement d'une juste relation passant par la réconciliation et conduisant à la communion. La théologie féministe est libératrice dans le sens où elle met le doigt sur l'essentiel : en redécouvrant la nature humaine qui construit sa survie sur la domination, en étant à l'écoute du message révélateur et libérateur de l'Evangile, et en faisant apparaître l'opposition fondamentale qui existe entre la religion naturelle qui accepte et défend l'autorité du plus fort, et le Christ qui se donne par amour.
© Réveil - Page théologique - juin 2011