Ceux qui participent à une assemblée de l’Eglise ont tous en commun l’incontestable indignité des pécheurs et l’incontestable dignité des enfants de Dieu. Tous, au cours du culte, confesseront que « Jésus-Christ est le Seigneur ». On peut donc se demander pourquoi il faudrait rajouter à ces considérations essentielles et merveilleusement ouvertes une catégorie « membre de l’Eglise » dans laquelle on pourrait inclure les uns, et hors de laquelle on pourrait renvoyer les autres.
Le baptême, une condition ?
La tradition de l’Eglise évangélique luthérienne de France (EELF) et celle de l’Eglise réformée de France (ERF) sont des traditions d’ouverture. N’empêche… ces Eglises définissent quand même qui sont leurs membres. Les groupes humains, quels qu’ils soient, existent et se reconnaissent à l’intérieur des frontières qu’ils délimitent eux-mêmes, même si ces frontières sont infiniment perméables. Ces Eglises doivent aussi, pour exister juridiquement, pouvoir définir qui sont les membres de leurs associations cultuelles (loi 1905). On peut définir le membre de l’Eglise par toutes sortes de critères : le paiement d’une cotisation ou d’un impôt ecclésiastique, le baptême, la forme du baptême et l’âge auquel on l’a reçu, la moralité apparente d’une vie, la confession de foi, à quoi l’on peut ajouter des critères ethniques, si l’on veut. L’EELF a choisi en son temps, et confirmé en 2006, une définition sacramentelle. Dans ses textes constitutifs, le baptême n’est certes pas une condition d’accès aux assemblées de l’Eglise, mais il est requis pour pouvoir être membre de l’association cultuelle. Reste évidemment à savoir, lorsque quelqu’un manifeste concrètement sa volonté d’être inscrit, s’il lui est demandé, et par qui, de fournir un certificat, et ce qu’il lui est répondu s’il ne peut en fournir ; et si l’on considérera que sa parole, que son engagement, témoignent de son baptême. L’ERF a choisi, en 1995, avec une audace prophétique, une définition strictement confessante du membre d’Eglise. Elle accueille comme membres, à leur demande, ceux qui confessent que « Jésus-Christ est le Seigneur ». Elle invite certes chacune et chacun « à recevoir le baptême s’il ne lui a pas déjà été donné », mais ne fait pas du baptême une condition pour être membre de l’association cultuelle.
L’engagement est premier
Ces deux définitions peuvent subsister et être harmonisées au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF). On accueillera, comme membres, à leur demande, ceux qui reconnaissent que « Jésus-Christ est le Seigneur » (Projet de constitution, Titre I, article 1, paragraphe 2). Et l’on prend bien soin de ne pas préciser quelle forme devra prendre cette demande. Une certaine assiduité, un certain engagement, ne sont-ils pas reconnaissables comme l’expression d’une telle demande ? Et pourront être membres de l’association cultuelle « les personnes qui, baptisées ou accueillies dans une Eglise luthérienne, ou réformée, ou dans l’EPUdF » en auront fait la demande écrite au conseil presbytéral qui devra se prononcer, comme il le fait d’ailleurs déjà. Tant il est vrai que le plus important est de considérer que la volonté, la décision et l’engagement explicite du croyant sont premiers par rapport aux traditions ecclésiastiques, même les plus anciennes. Et c’est en concrétisant cela que cette nouvelle Eglise restera fille de la Réforme.
Le mois prochain, nous parlerons de la diversité des liturgies.