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Jacqueline Assaël : Le saut de la foi et de l'espoir


JacquelineAssael

Rencontre avec Jacqueline Assaël
Le saut de la foi et de l'espoir

par Emmanuelle SEYBOLDT

Quand une universitaire, spécialiste de lettres classiques, découvre la foi, cela ne reste pas « lettre morte... » Et quand l'exigence intellectuelle se trouve en butte à la finitude de l'existence, le professeur en fait un livre pour ses congénères.


Dans le train qui me conduit à Marseille, les conversations bruissent des difficultés de transport. La grève et les arrêts de travail handicapent le fonctionnement des trains et les passagers craignent de rester bloqués à Miramas. Péniblement, je tente de m'absorber dans la lecture de ce livre, raison de mon voyage « Petit traité de fol espoir » sous-titré « L'espoir dans le Nouveau testament ». Autour de moi, les récriminations montent, mécontentement contre le gouvernement, contre « les riches », contre « les autres... » Quand soudain, une dame remarque que je ne participe pas au chorus. « Excusez-nous, vous essayez de lire... Mais au juste, que lisez-vous ? » Et le wagon entier de rire à l'énoncé du titre du livre. Ainsi, l'espoir fait-il rire, aujourd'hui...

Marseille pour port d'attache
Arrivée à Marseille – comme quoi, l'espoir n'était pas vain – je fais la connaissance de Jacqueline Assaël. Elle me conduit dans le quartier d'Endoume où elle est née. Un père venant de Salonique, une mère d’origine italienne ont fait de Jacqueline une marseillaise qui n'imagine pas vivre ailleurs qu’au bord de la Méditerranée. Elle allie les deux cultures dans ses études de grec et de latin, qu'elle mène avec passion. A 22 ans, elle est professeur de lettres classiques, puis enseignante de littérature grecque à l'université de Perpignan et ensuite de Nice. Elle travaille sur Euripide, philosophe et poète tragique du Ve siècle avant JC. Elle étudie les ressorts de la philosophie et de la poésie dans la Grèce antique, les liens entre l'intellectualité et la théâtralité. La rigueur de la pensée et de l'étude lui plaisent, mais en même temps elle est attirée par la poésie.

Par le truchement de France culture
C'est à Liévin, dans le Pas-de-Calais, où elle arrive comme jeune professeur, que Jacqueline commence à écouter France culture le dimanche matin. Sans se reconnaître vraiment « en recherche », elle ne se satisfait pas d'une philosophie de l’absurde où le monde est le fruit du hasard et le coucher de soleil un spectacle éphémère avant le néant. Elle ne comprend pas la démarche des croyants et pourtant voudrait comprendre. Les émissions juives et protestantes l'intéressent du point de vue intellectuel, et notamment une série sur Luther où elle découvre l'importance du tragique chez le Réformateur. Il peut y avoir du tumulte dans la foi ! Cela entre en résonance avec ce qui la passionne en littérature : le tragique. Dès lors, une affinité est née, un lien ténu.

Les limites arides de la raison
Bien des années plus tard, cette question de la foi ressurgit. Jacqueline Assaël lit tous les livres d'introduction au protestantisme, écoute toutes les émissions de radio, mais cela lui paraît sec. Sa raison tourne en rond, sans issue. Elle entre dans une période d'incompréhension, de colère, de révolte même. C'est la montée vers le vendredi saint et Pâques. Elle tombe par hasard sur une prédication de Carême, diffusée le dimanche soir. Sobrement, elle résume l'événement en quelques mots : « le dimanche soir j'étais athée, le lundi matin croyante ». Tout à coup, le monde est transformé, il a une cause et une finalité. C'est à la fois une joie immense, mais également un profond ébranlement car c'est tout un système intellectuel qui est à terre, à reconstruire.

L'accueil de l’Eglise luthéro-réformée
L'entreprise de reconstruction intellectuelle commence par Jésus-Christ. Qui est-il ? Vrai Dieu, vrai homme ? Jacqueline travaille, réfléchit sur sa foi et rédige des articles qu'elle soumet à la revue théologique « Positions luthériennes ». Elle y est bien accueillie, de même que dans l'Eglise réformée à Marseille où le pasteur lui donne le baptême. Pour elle, c'est une nouvelle découverte : dans l'Eglise, on peut entrer sans conditions et on n'est pas contraint d'abdiquer sa raison. Le professeur qu'elle est reste admiratif de cet accueil simple, de cette possibilité de réfléchir de manière ouverte et Jacqueline est très reconnaissante qu'une « telle Eglise existe » ! Au culte aussi elle est à l'aise. Pour elle, la profondeur de la foi ne passe pas forcément par l'extériorisation exubérante des sentiments.

A la conquête du fol espoir
Quand elle apprend qu'elle a un cancer, Jacqueline choisit de travailler pendant le temps de sa chimiothérapie sur « l'espoir » dans le Nouveau testament. Ainsi, chaque jour où le traitement lui en laisse la possibilité, elle étudie un passage biblique où ce terme apparaît. Elle en travaille la formulation grecque, elle le médite, elle rédige l'analyse du texte, puis conclut avec un poème/prière, qu'elle nomme « prième ». Trois ans après, elle a repris avec joie son métier d'enseignante. Le livre qui rassemble ses études sur l'espoir est paru l'an dernier, et elle le présente volontiers dans les Eglises qui l'invitent. En passant, elle souligne combien le soutien des amis et des collègues est important quand on est malade. Elle lance un vibrant « Visitez les malades ! N'ayez pas peur ! Ils en ont besoin... »
Des projets ? Elle prépare avec Elian Cuvillier un livre sur l'épître de Jacques. Des engagements ? Elle milite dans l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture). C'est le lieu qui, pour elle, réunit toutes ses convictions : l'engagement chrétien pour l'humain, la prière et... le fol espoir.

© Réveil - Rencontre avec - décembre  2010


  • Créé le
    Mardi, 01 Février 2011
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