Rencontre avec Michaël Schlick
Entre Montpellier et Djibouti
par Anne AMALRIC
Michaël Schlick, pasteur à Montpellier-la Margelle jusqu’en 2005, est depuis cette date, avec son épouse Christel, envoyé du Défap, à l’Eglise protestante évangélique de Djibouti. Rencontre autour d'un repas, échanges de questions et d'impressions « personnelles ».
Djibouti est une ville de la « corne de l'Afrique » comptant une population de 800 000 habitants aux origines diverses, aux traditions et religions multiples, aux écarts sociaux énormes. M. Schlick travaille au Centre protestant de Djibouti. C'est un lieu où la foi trouve son expression sous deux formes : par la voie spirituelle (la communauté protestante elle-même) et par la voie diaconale (école maternelle, école du soir, centre de formation professionnelle de jeunes filles aux métiers du secrétariat, formation aux métiers du bâtiment).
Pourquoi avoir fait le choix de Djibouti ?
Natif d'Allemagne, et après avoir vécu en France pour mieux connaître l'Eglise protestante de notre pays, Michaël dit être parti à Djibouti – pays musulman – pour « expérimenter » ce que vaut l'Evangile ailleurs. « Si tu es fondé sur une espérance, dit-il, tu peux aller partout ». Michaël a aussi voulu relever le défi de dire l'Evangile et de donner un message à des gens de culture différente, et de se laisser transformer par l'autre, différent.
Quelles sont les difficultés, les joies ?
Michaël raconte que sa vie à Djibouti n'est pas une vie linéaire : il y a toujours des hauts et des bas. Chaque matin, il se pose la question : « Qu'est-ce qui va bien nous arriver aujourd'hui ? Ce qui est compliqué, explique-t-il, c'est la lenteur de l'administration, parce qu'à Djibouti, l'Etat n'est pas un Etat de droit ».
Et de raconter qu'à son arrivée, des squatters habitaient une partie du Centre protestant. Il a fallu beaucoup de temps et de démarches pour qu'ils déménagent. Pour repeindre les murs de la façade, il faut un permis de construire ! L'eau peut être soudain coupée, sans préavis, au motif que la facture (alors que l'eau est gratuite) n'aurait pas été payée. Mais aucune facture ne peut être présentée et il faudra une journée pour régler l'affaire !
Ce qui est plus facile qu'en France, c'est qu'il n'y a pas de longues distances à parcourir pour aller à une réunion ou pour rencontrer quelqu'un (le point le plus éloigné est à 7 kilomètres) ; c'est aussi qu'au Centre lui-même, il y a une personne pour chaque chose à faire.
Et puis, pour cet amoureux de grands espaces, une de ses joies à Djibouti, c'est que la nature est intacte.
Plus profondément, Michaël nous dit combien, parfois, la réalité est dure à vivre : « D'un côté des gens, dans les bidonvilles environnant la ville, n'ont rien à manger, d'autres l'été, par manque d'eau, meurent de soif, et dans le même temps, des fonds d'organisations internationales sont détournés. Face aux nantis, puissants mais indifférents à la misère ambiante, c'est là qu'il faut être pour vivre autre chose que ce qu'offre la société de consommation, le chacun pour soi et le pouvoir omnipotent. Il y a bien des raisons de désespérer, mais heureusement, ajoute-t-il, la Bible nous donne des "contre-images" qui témoignent d'une autre réalité, et c'est à nous de les cultiver. On peut parler de Bonne nouvelle : ainsi, la Bible nous parle de catastrophes, mais à Noël, il y a les bergers, hommes simples, et à Pâques, il y a les femmes auxquelles on dit : "n'ayez pas peur" ». « Là où tout porte au pessimisme, il faut vivre d'espérance, de confiance », insiste-t-il.
Sa mission à Djibouti ?
C'est avoir la responsabilité d'une communauté et du centre social. L'Eglise protestante de Djibouti est la seule communauté protestante de la ville, regroupée depuis 1960 ; communauté pluri ethnique (il y a peu d'autochtones et beaucoup de gens de passage, pour quelques mois et au plus pour deux ans) et aux origines spirituelles très diverses. Ce sont des gens qui n'ont, la plupart du temps, pas de connaissances de l'histoire des religions, ils ne connaissent pas Martin Luther par exemple.
Au culte, qui a lieu le dimanche soir (jour ouvrable, puisque pour le pays, le jour de repos est le vendredi), et qui est l'une des « activités » de la paroisse, la louange peut faire l'unité.
Malgré la présence de catholiques, d'orthodoxes et de musulmans à Djibouti, peu d'œcuménisme est vécu, peu d'interreligieux est possible.
Michaël est également responsable d'un centre qui accueille pour une scolarisation ou pour une formation des personnes de tous horizons, y compris les musulmans des bidonvilles. Il administre ce lieu de passage (300 personnes par jour transitent par le Centre).
La plupart de ceux qui ne viennent pas pour une formation se présentent à lui pour solliciter de l'aide, ou pour se présenter s'il s'agit de nouveaux arrivants. Michaël les reçoit tous, mais reconnaît qu'il faut trouver un équilibre.
Et pour demain ?
« Nous restons, dit Michaël, parce que nous ne sommes pas au bout des projets en cours, parce que nous avons un témoignage à donner ». En fait, à Djibouti, ceux qui sont là de façon permanente sont les missionnaires.
A partir de cette rencontre informelle avec les musulmans, et de son expérience du groupe islamo-chrétien de la Margelle à la Paillade (Montpellier), Michaël fait une proposition : « Ne pourrait-on pas créer un pont entre les deux et demander aux musulmans, avec lesquels nous dialoguons à la Paillade, de participer à leur manière au projet d'Eglise à Djibouti ? » A suivre !
© Réveil - Rencontre avec - janvier 2011