Rencontre avec Frédéric Londeix
L'Entraide au quotidien
par Jeanine INGELAERE
Le diaconat a besoin des Eglises pour aider à réagir sur les situations de souffrance et d’exclusion qu’il rencontre ; entre Eglise locale et entraide diaconale, Frédéric Londeix, essaie de vivre ce lien qu’il souhaite voir se créer ou se renforcer à tous les niveaux.
Côté « loisirs », Frédéric Londeix est le trésorier du Diaconat protestant de Valence, mais aussi administrateur de la Fédération de l'Entraide protestante au niveau national et président du comité régional. Côté professionnel, il est fonctionnaire territorial et travaille dans le groupement des communes de Valence. Et enfin, côté personnel, à quarante ans, il est l'heureux papa de deux enfants de 3 ans et demi et 7 ans, qui commencent à être assez grands pour penser que leur père n'est pas suffisamment présent, à leur gré !
Il a suivi le catéchisme dans le cadre de l'Eglise luthérienne de Lyon, mais au moment de l'adolescence, comme beaucoup de jeunes, il laisse les choses un peu aller après sa confirmation... C'est en arrivant à Montélimar, en début de carrière professionnelle, après une maîtrise en économie et un 3e cycle en gestion des collectivités locales, que Frédéric vient jeter un coup d'œil du côté des réformés puisqu'il n'y a pas de luthériens dans cette ville. Il est rapidement séduit par le côté dépouillé de la pratique de la foi. Chez les réformés, dit-il, le rite ne masque pas le fond des choses, on va à l'essentiel.
Toujours s'engager
Il s'engage donc dans l'Eglise réformée de Montélimar et rapidement entre au conseil d'administration de l'entraide protestante de cette ville. Six mois plus tard, il en devient le président. Ce qui l'intéresse là c'est de ne pas faire la même chose qu'au travail et il trouve un enrichissement important dans la rencontre avec d'autres bénévoles dont il salue la grande diversité des origines, sociales ou religieuses.
Son parcours professionnel l'entraîne à Valence et c'est tout naturellement qu'il s'engage dans l'Eglise réformée de Bourg-lès-Valence, en même temps qu'il se tourne vers le Diaconat protestant qui est à Valence ce qu'est l'Entraide à Montélimar.
D'ailleurs, en 2003, les entraides se sont regroupées au niveau régional (Rhône-Alpes, Auvergne, Bourgogne). Il y a dorénavant un secrétaire régional salarié, à côté duquel travaille un comité regroupant les représentants des adhérents : des associations ou fondations œuvrant dans le domaine médical ou social et ayant des liens forts avec les Eglises protestantes. « En fait, dit Frédéric Londeix, la diaconie est un lien entre les différentes Eglises protestantes. Lors des journées de la diaconie qui ont lieu tous les deux ans, il n'y a aucun problème pour travailler sur le programme avec toutes les Eglises protestantes et il faut espérer que cela provoque des retombées au niveau des Eglises locales ».
Le fait d'avoir une diaconie régionalisée crée du lien entre les association concernées, au sein de ce grand territoire, avec des groupes d'échanges et de réflexion qui fonctionnent bien. Le lien avec les Eglises se fait par l'intermédiaire des bénévoles qui travaillent au milieu des salariés. Ils sont complémentaires, les bénévoles ne prennent pas la place des professionnels mais c'est un cadre enrichissant pour tout le monde. Cependant, « les bénévoles ne sont pas tous issus de nos Eglises protestantes, ce qui permet d'avoir des échanges intéressants ».
Enjeux pour demain
Pour l'avenir, l'Etat veut réduire le nombre d'interlocuteurs de 25 000 à 3 000. Il faut donc que les associations sur place réagissent pour travailler encore plus en réseau, et pour faire reconnaître la Fédération de l'Entraide protestante auprès des pouvoirs publics. Ce regroupement est un véritable enjeu pour demain. Il faut faire évoluer les personnes et les structures avec cette optique à plus ou moins long terme.
Mais le diaconat a besoin des Eglises pour aider à réagir sur ce qui est vécu au quotidien, sur les situations de souffrance et d'exclusion.
Dans ce domaine de la relation avec les pouvoirs publics, Frédéric remarque qu'il y a beaucoup de questions qui se posent. Jusqu'où garder une liberté de parole et d'action ? Peut-être faudrait-il quelquefois que les Eglises montent au créneau à la place du Diaconat pour porter une protestation collective, sinon quel serait l'intérêt d'avoir des œuvres protestantes ?
Ne faudrait-il pas, par exemple, imaginer un genre de parrainage pour nouer des contacts entre diaconat et Eglises locales géographiquement proches de manière à garder un fil conducteur, un lien humain entre les associations et l'Eglise, et surtout avoir des actions concrètes. C'est ce qu'affirme son mot d'ordre « aider, résister, recevoir ».
Frédéric affirme qu'il a besoin du lien avec son Eglise locale pour être capable d'apporter quelque chose de positif lors des rencontres du bureau du Diaconat. Mais la réciproque est également vraie. « Ce n'est pas parce qu'on ne va pas au culte tous les dimanches qu'on n'est pas un vrai protestant », dit-il. Une activité diaconale est de nature à modifier les personnes et à faire percevoir le visage humain de l'Eglise. « Au fond, demande-t-il, est-ce que la diaconie ce ne serait pas un moyen de faire revenir les femmes et les hommes dans les Eglises ? »
Mais Frédéric a aussi appris à dire non et ne prend pas d'engagement pour une activité régulière, quelle qu'elle soit. Si ses soirées sont bien remplies avec les réunions, ses week-ends sont réservés à sa famille. D'ailleurs, dans l'Ardèche profonde, il retape une vieille maison « avec un rythme cistercien » ironise-t-il.
© Réveil - Rencontre avec - février 2011