Samuel et Elsa Lespets
Mission et témoignage
par Loïc de PUTTER
Rencontrés le 24 janvier, ni Elsa ni Samuel ne pouvaient imaginer les événements qui allaient bouleverser la situation de l’Egypte où ils ont vécu. Dès le lendemain de notre entretien, nous commencions à entendre parler des rassemblements sur la place Tahrir.
Comme point d’accroche à sa foi, Elsa évoque ses souvenirs : « Lorsque j’avais 9 ans, mes parents ont adopté trois enfants d’Haïti. La relation à nouer avec l’autre, l’étranger, a suscité en moi un chemin de recherche spirituelle ».
A 17 ans, après une longue remise en question de l’héritage ecclésial familial, elle vit l’expérience saisissante de la rencontre avec Dieu. Il ne s’agit plus pour elle de dire « Dieu existe peut-être, puisque c’est ce qu’on m’a enseigné ». Mais d’admettre, en confiance que Dieu existe « car je l’ai rencontré. Un jour, Il a allumé un buisson ardent au fond de moi qui, loin de me dévorer, ne s’éteint pas ». Même si, elle l’avoue, il lui reste son goût pour le doute : « J’aime remettre en question ce qui me paraît évident ! »
Samuel a croisé sa route pour la première fois vers l’âge de 12 ans. Ils se côtoient souvent et pendant des années au lycée, ou lors de rencontres chrétiennes, et s’ouvrent progressivement à la joie de l’engagement. C’est en 2004, sur un projet musical, qu’ils finissent par se découvrir mutuellement. Aujourd’hui Elsa, issue de l’Eglise réformée, raconte avoir vécu une expérience de conversion, et Samuel, d’origine darbyste et méthodiste, fait état de la grande continuité de son cheminement.
Entendre l’appel
Quand en 2006, peu après leur mariage, ils formulent le projet de partir à l’étranger, ils décident de répondre à l’appel du Défap.
Le Caire est la destination proposée, ils ont une semaine pour se décider. Ils répondent positivement avec le désir de partager une expérience de vie : partir pour offrir ce qu’on est, ou ce qu’on a. « Mais également assumer de partir pour soi, et comprendre que sur place, on s’inscrit dans une chaîne de volontaires, et qu’on ne marquera sans doute pas l’histoire : d’autres suivront ! »
Samuel est affecté au New Ramses College, un établissement dépendant de la Fédération protestante égyptienne (Synode du Nil), lieu de collaboration unique, toutes tendances ecclésiales confondues, accueillant dans ses écoles autant de chrétiens que de musulmans. L’apprentissage du « vivre ensemble » est une des vocations des écoles gérées par le Synode du Nil.
Très peu de temps après leur installation en Egypte, alors qu’Elsa enseigne au collège du Sacré Cœur de Ghamra, le quartier où ils vivent, elle apprend qu’elle est enceinte. Cette attente heureuse et féconde l’ouvre à une expérience spirituelle supplémentaire, par laquelle il faut bien apprendre ce que le mot confiance veut dire. Elle ouvre aussi le couple à une nouvelle dimension du mot mission.
Très concrètement pour Elsa et Samuel, cela prend consistance dans la possibilité de « vivre avec » des chrétiens égyptiens et de découvrir, à la croisée d’une société paradoxale et contrastée, que l’écart est grand entre les élites de la société et les chiffonniers du Caire.
En effet, en plus d’un engagement dans l’Eglise protestante et évangélique du Caire et d’Alexandrie, qui compte parmi ses fidèles beaucoup d’Africains, Elsa et Samuel se mettent au service de l’orphelinat Fowler, géré par une sœur catholique, dépendant d’une structure évangélique, et accueillant des enfants coptes orthodoxes (cf. encadré).
Elsa discerne dans ce qu’ils vivent là la concrétisation de beaucoup de leurs attentes : « Avec le recul, c’est pour vivre ça que nous étions en Egypte. Autour de sœur Marie-Venise, cet orphelinat fonctionne comme un miracle quotidien ».
Une société paradoxale
Dans un pays où le prosélytisme est interdit, ils découvrent la possibilité de parler de Dieu beaucoup plus simplement qu’en France. « Alors que chez nous l’affirmation de Dieu intervient très souvent à l’issue d’un questionnement spirituel, là-bas son existence est un préalable incontournable. Qu’on l’appelle Dieu ou Allah, il fait partie du quotidien et du monde. C’est le fait de ne pas y croire qui soulève le plus de questions ! »
En Egypte, la misère est présente de tous côtés. La frange fortunée, extrêmement minoritaire, demeure très influente. Devant ce constat, quel avenir ? Les colères, les tensions sous-jacentes, laissent pourtant encore quelques espaces de dialogue, de vie ensemble, « une réelle solidarité face à la violence montée en épingle par les médias »… Samuel avoue la difficulté d’un pays où l’état d’urgence est en vigueur depuis plus de 30 ans, et où nombre de libertés sont muselées.
Très humblement, ils gardent tous deux beaucoup de recul et admettent qu’« en tant qu’occidental, on est protégé, énormément de choses nous échappent. En bridant les Frères musulmans, Hosni Moubarak, raïs et dictateur vieillissant, maintient paradoxalement une certaine mixité religieuse. Son départ est autant souhaité que redouté pour l’appel d’air qu’il risque d’occasionner, et dont peut sortir le pire comme le meilleur ». Nul ne peut d’ailleurs, à l’heure où nous rédigeons ces lignes, entrevoir l’issue des événements qui secouent l’Egypte.
Dans ce pays Elio est né, il a vécu avec ses parents la deuxième année de leur mission. Depuis, Arthur est venu agrandir la famille. Après un peu plus d’un an passé à St-Etienne, Samuel attend de connaître la bibliothèque universitaire qui l’accueillera comme conservateur en juillet 2011. Elsa trouvera alors un lieu où enseigner les mathématiques.
S’ils désirent planter leurs racines en France, c’est pour un jour peut-être mieux repartir vers de nouveaux horizons.
Un miracle quotidien
L’orphelinat Fowler accueille 80 jeunes filles chrétiennes (orthodoxes, catholiques, protestantes) de 3 à 18 ans, séparées de leurs familles qui ne peuvent décemment les élever, ou dans lesquelles elles sont menacées. Les jeunes filles restent souvent jusqu’à leur majorité et leur mariage. Bien que les conditions de vie soient rustiques et simples, l’orphelinat offre à ces filles un cadre protecteur.
Vous pouvez les soutenir en faisant parvenir vos dons à l’Action chrétienne en Orient (ACO), qui finance un poste de volontaire dans cet orphelinat.
Contact : ACO - 7 rue du Général Offenstein - 67100 Strasbourg - 03 88 40 27 98 ou aco.france@gmail.com
© Réveil - Rencontre avec - avril 2011