Rencontre avec La fraternité de Moria :
Bienvenue à Marzy
par Jean DIETZ, pasteur
Avec des remerciements à la Communauté
« Elles mènent une vie de prière, sans habit, une vie très incarnée. La vie de chacune avec Dieu est intense, mais la contemplation… c’est l’action ! »
Petite et discrète communauté de sœurs, bénéficiant d’une grande reconnaissance de la part des acteurs sociaux locaux, et d’un réel rayonnement spirituel, telle est la fraternité de Moria. Mais où se niche-t-elle donc ?
Les Gouards, Marzy, dans la Nièvre, tout près de Nevers, la fraternité de Moria. C’est là qu’en 1962, Nicole Gandin, jeune fille de « bonne famille athée » du Vésinet, s’installe dans une maison en ruines, avec l’assurance que Dieu pourvoira. Elle a renoncé à son métier d’institutrice lorsqu’elle a rencontré le Seigneur et découvert la radicalité de l’Evangile. Elle est habitée par la volonté de vivre pour les plus pauvres, les blessés par la vie, et mue par la certitude qu’en Dieu une restauration est toujours possible. La vocation n’étant pas l’appel mais la réponse à l’appel, elle va passer le reste de sa vie à mettre en œuvre cette certitude. Elle va rapidement connaître des familles qui vivent dans des conditions affectives et sanitaires désastreuses. Une mère démissionnaire s’apprête à abandonner son foyer. Et vos enfants ? Je vous les donne, dit-elle à Nicole ! On n’est pas dans un roman de Zola, mais à Nevers, en 1962. Le travail qu’accomplit Nicole est rapidement connu. Une équipière la rejoint, puis une autre. C’était un autre temps…
Elles sont cinq
La fraternité de Moria est une communauté religieuse protestante, membre de la Fédération protestante de France. La volonté fondatrice était une volonté œcuménique, elle n’a jamais faibli. Les liens avec les Eglises alentours sont des liens très forts. Et fortes aussi sont l'implantation et les amitiés avec la société civile.
Elles sont cinq sœurs, aujourd’hui, Paulette, Renée, Sylviane, Christine et Sylvie. « Famille des sans familles, cellule de vie, disent-elles, intergénérationnelle et accueillant les différences ». Elles mènent une vie de prière, sans habit, une vie très incarnée. Ici, la vie de chacune avec Dieu est intense, mais la contemplation... c’est l’action ! Professionnellement, une est assistante maternelle, une autre assistante sociale de secteur, une troisième assistante sociale pénitentiaire. Certaines sont aujourd’hui retraitées. Elles sont toujours là. Elles sont surtout mères, tantes et grand-mères.
Pour la vie
C’est d’ailleurs l’une des convictions de la communauté. Si un enfant rentre ici, il y a sa place pour toujours. Les sœurs ont choisi le célibat pour pouvoir assumer concrètement cette conviction. Depuis 1962, le « pour toujours » n’avait pas été « pour toujours à la maison ». Mais voilà, il y a là aujourd’hui des êtres qui jamais ne seront capables de subvenir à leurs propres besoins, qui jamais ne pourront partir. Alors se pose la question de la suite, de la continuité. Lorsque les sœurs aînées avaient notre âge, nous étions déjà là, affirment les plus jeunes. Et aujourd’hui ? On espère, on attend, de nouvelles vocations. L’appel personnel du Seigneur ne fait aucun doute. Mais qui va répondre pour cette mission, pour ce mode de vie ? Faudra-t-il envisager d’autres formes d’engagement, d’autres structures communautaires, tout en maintenant le socle qui a toujours été là ? La réflexion se déploie, dans la confiance, sans inquiétude. Cette petite structure, qui laisse subsister grande place pour la personne humaine, pour les liens inter individuels et pour l’intimité, existera encore. Ce chemin, qui est chemin de joie, restera longtemps défriché. Nicole Gandin a rejoint la maison du Père, en 2003, au terme d’un laborieux et beau parcours.
Repère
La fraternité de Moria
Née en 1962 à Marcy (Nièvre), sous la houlette de Nicole Gandin, institutrice dans l’enseignement publique.
Communauté religieuse œcuménique de femmes
Membre de la Fédération protestante de France
La fraternité accueille des personnes handicapées, orphelines ou démunies. Elle est reconnue comme foyer thérapeutique.
7 Gouards 58180 Marzy, téléphone 03 86 57 61 49
Chemins d’espérance
Le chemin est aussi parfois un chemin de souffrance. Alexandre, confié tout petit à Sylviane, est mort accidentellement, cette année, à l’âge de 14 ans. Il y a des chemins d’espérance : Jean-Pierre travaille à la ferme voisine ; Sébastien s'occupe aux travaux d'entretien ; Colette aide à la cuisine ; Gloria, 22 ans, fille d'un des premiers enfants accueillis, sert à table ; David fait produire le potager ainsi que l'élevage des poulets ; Françoise, « compagnone », encadre le « club soupe » et anime les parties de dominos ; Marjolaine, Christophe, Julien, étudiants en « médico-social » partagent la vie de la fraternité durant leurs stages. Et le 8 juillet 2011 est arrivé Félicio, jeune angolais de 16 ans. C’est une nouvelle aventure qui commence.
Sur le grand terrain qui jouxte la maison, on imagine un jardin qu’on pourra cultiver, un atelier pour pouvoir travailler, un préau, voire une salle pour faire des fêtes autrement qu’en plein air. Et des fêtes, on en fait, déjà. Il y en a eu une, le 14 juillet, une fête de famille avec les « anciens », qui ont résidé là, qui demandent à revenir, avec compagnons, compagnes et enfants. Ils ont voulu cette fête. Et elle a eu lieu. On ne savait pas combien il en viendrait. Et se sont ajoutés ceux qui sont proches de la communauté, sans en être résidents, et les amis… beaucoup d’amis.
© Réveil - Rencontre avec - septembre 2011