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Difficultés pour les Eglises allemandes de l’Est

par Rudi POPP,
Pasteur de l’Eglise réformée à Epernay-Reims

Le 26 avril 2002, un jeune homme tue 16 personnes dans son ancien lycée à Erfurt (Thuringe). La population est traumatisée : il faut trouver un endroit où le deuil puisse être partagé publiquement. Les Eglises catholique et protestante se voient chargées, par les pouvoirs publics, d’organiser une cérémonie œcuménique, qui aura lieu devant la cathédrale. 100 000 personnes y participent.

A peine 20 ans après la révolution de 1989, la situation des Eglises en Allemagne de l’Est – les « nouveaux länder » - peut être comprise ainsi : elles jouent un rôle ecclésiastico-médiatique auprès du public, mais celui-ci ne s’y retrouve pas pour autant. Entre Rostock et Dresde, environ 20 % de la population sont aujourd’hui membres d’une Eglise chrétienne. Par rapport au länder de l’Allemagne de l’Ouest (70 % de membres d’Eglises), où les Eglises ont toujours une réelle fonction sociale, la légitimité de celles de l’Est se rattache vaguement au « patrimoine chrétien » et plus concrètement à leur rôle historique pendant la révolution de 1989.

Pendant cette heure de gloire, les temples étaient devenus des lieux de rassemblement ouverts à tous, et les Eglises étaient perçues, après 40 ans d’existence marginale sous le régime communiste, comme des instances compétentes pour les questions de droits de l’homme. Seulement, leur fonction consistait davantage à offrir des « lieux protégés » que de proposer une vie spirituelle.

Ainsi, les superbes lieux d’Eglise, rénovés aux frais de l’Etat, ne manquent pas dans cette région qui se prépare déjà à célébrer le 500e anniversaire de la Réformation, en 2017, autour de Wittenberg. Mais la vaste majorité de la population ne s’intéresse pas pour autant à la foi chrétienne : la cérémonie laïque de la confirmation (Jugendweihe), établie par les communistes, a toujours plus de succès que l’original.

Une Pologne ouverte à la Réforme

D’après Tomasz PIECZKO,
pasteur de l’Eglise réformée à Maubeuge

L’image de la Pologne d’aujourd’hui porte le poids de nombreux stéréotypes, parmi lesquels sa présupposée catholicité séculaire. Est-ce vrai ? Son histoire nous propose cependant une autre lecture.

Déjà au Moyen-Age, le pays présente une ouverture particulière. Il suffit de constater l’accueil réservé aux idées des disciples de Jean Hus. Des liturgies hussites, interdites ailleurs, sont célébrées au XVe siècle.

Le mouvement luthérien se développe dès 1518 dans les villes du nord du pays : le terrain est propice aux nouveautés religieuses. Des étudiants polonais, revenant d’universités étrangères, propagent alors les idées de la Réforme. Les parlements locaux respectent les sensibilités diverses, la noblesse polonaise, quant à elle, éprouve un anticléricalisme marqué. La lecture et l’étude de la Bible restent au centre de ce mouvement « évangélique » dont les acteurs sont les grandes figures de l’Eglise catholique.

Les origines de l’Eglise réformée en Pologne remontent au milieu du XVIe siècle. Le premier culte est célébré en 1550, dans la propriété d’une grande famille aristocratique : le mouvement réformé a en effet longtemps trouvé une résonance positive chez les nobles et les aristocrates, rarement dans les milieux bourgeois et très peu dans les classes les plus populaires.

Une des grandes figures de la Réforme polonaise reste Jean Laski qui rentre en Pologne en 1556 après un long voyage en Europe et un fructueux ministère auprès des communautés protestantes en Frise et à Londres. Il tente d’unifier le protestantisme polonais, divisé sur plusieurs points religieux. Ce projet ne verra malheureusement pas le jour malgré ses nombreuses tentatives. Toutefois, certains succès sont dignes d’être mentionnés, comme l’acceptation de la première confession réformée en Pologne, la Confession de Sandomierz en 1570, réunissant tous les réformés et présentant une ouverture vers les luthériens.

Malgré la richesse de cette histoire, la présence protestante polonaise reste aujourd’hui très faible. Pourquoi ? Cette interrogation pourrait faire l’objet d’un autre article.

  • Créé le
    Jeudi, 02 Octobre 2008
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