
Une histoire diaconale mouvementée
par Jan DUSEK,
Faculté de théologie protestante de l'Université Charles, Prague
L’action des Eglises protestantes sur le plan social
est de tradition en Bohème et en Moravie depuis la
deuxième moitié du XIXe siècle. Mais l’histoire
politique du XXe siècle a fortement marqué les
Eglises et leur « service diaconal ».
© M. Cauzid
Pauvreté, exclus, personnes âgées… les défis de la société sont nombreux
En 1903, est fondée la « Diaconie tchèque, association évangélique pour le soin des malades et l’assistance sociale », dont les sœurs diaconesses travaillent dans les institutions de l’association ainsi que dans les hôpitaux publics ou dans les paroisses protestantes.
Après la création de la Tchécoslovaquie en 1918, et dans les années 1920 et 1930, de nombreuses associations proposent des services au niveau social, médical et éducatif. La diaconie a été considérablement affaiblie sous l’occupation allemande (1939-1945). Après 1945, l’Église évangélique des Frères tchèques reprend les hôpitaux de la diaconie allemande, suite à l’expulsion de la population allemande de Tchécoslovaquie. La prise du pouvoir par les communistes en 1948 entraîne l’interdiction des associations diaconales, et les services sont alors gérés par l’Église évangélique des Frères tchèques. En 1959, tous les bâtiments à visée sociale sont confisqués par l’Etat. Le travail des Eglises protestantes sur le plan social est ainsi interrompu de force jusqu’à 1989.
Depuis les années 1990, le travail des services de diaconie des Eglises protestantes en République tchèque connaît à nouveau un grand développement. Citons la diaconie de l’Église évangélique des Frères tchèques, la diaconie Broumov (fondée à Úpice par l’Église tchécoslovaque hussite), celle de l’Église évangélique méthodiste, celle de l’Église des frères ou encore la diaconie silésienne gérée par l’Église évangélique silésienne de la Confession d’Augsbourg (notamment dans la région de Moravie). Ces services gèrent des maisons de retraite, des centres d’aide sociale, s’occupent des personnes handicapées, des SDF, des personnes en difficulté…
Au niveau national, ils se regroupent dans la « Diaconie de la République tchèque », organisation représentant notamment les intérêts des diaconies face à l’Etat. En font également partie les diaconies de l’Église apostolique, de l’Armée du Salut, de l’Église baptiste, de l’Unité des frères, de la Philanthropie orthodoxe tchèque et de l’Église vieux-catholique.
Ces services gérés par les Eglises protestantes travaillent dans les mêmes domaines que la « Charité » de l’Église catholique romaine. Le travail de toutes ces diaconies est très apprécié en République tchèque, même s’il s’agit d’un pays de plus en plus athée.
Repère
Plusieurs Eglises ont été fondées à la création de la Tchécoslovaquie, en 1918, dont l’Église tchécoslovaque hussite, sans continuité avec le mouvement de Jan Hus au XVe siècle. L’Église évangélique des Frères tchèques résulte de l’union de luthériens et réformés en 1919. L’Église des Frères est l’ancienne Église réformée fondée par des missionnaire américains au XIXe siècle ; l’Unité des Frères a été fondée au XIXe siècle par les Frères moraves (chassés de Moravie au siècle précédent). Il existe également deux Eglises luthériennes.
© Réveil-Olivétan, juin 2008