Edito de Franck Honegger
Rédacteur en chef du journal Réveil
Retour à la vie
« Pas de quartier ? » Tel est le titre du dernier livre de Pierre Joxe (éditions Fayard). A 77 ans, son nouveau combat se focalise sur la justice des mineurs qui se modifie sensiblement depuis une dizaine d’années. Il plaide pour la défense de l’Ordonnance de 1945, un « héritage de la Résistance » qui donne la priorité aux actions éducatives sur les mesures répressives. Les affaires judiciaires, surtout pénales, servent régulièrement de prétexte pour durcir les lois. Se rajoutent alors des couches supplémentaires au mille-feuilles juridique et les mineurs n’en sont pas exclus. Ils sont de plus en plus traités comme des adultes au risque de détruire définitivement une construction personnelle déjà difficile. La priorité n’est donc plus basée sur leur devenir, à l’instar des adultes d’ailleurs. L’enfermement, la privation, le châtiment semblent guider les pas du législateur, poussé qu’il est par une opinion publique malléable et apeurée. Les adultes auraient-ils à ce point peur de leurs propres enfants ? S’il est nécessaire que, dans toute société, il existe une justice, elle ne saurait faire l’impasse d’une réflexion sur ses fondements et ses priorités. Mais cela n’est pas suffisant, car il lui faut aussi aller jusqu’au bout de sa démarche et s’interroger sur la finalité de la sanction, de la peine. Quel sens a la peine si celle-ci n’a pas pour vocation la prise en compte du tort et de la souffrance, mais aussi la reconstruction des individus, qu’ils soient victimes ou coupables ? La justice restaurative, thème du dossier de ce mois, est un processus passant par la médiation entre détenus et victimes afin que l’un et l’autre puissent se reconstruire. Les deux ont un avenir possible. Dans cette dynamique-là se trouvent les ingrédients d’un réel retour à la vie de chacun, d’une « remise debout » de l’individu, dans une parole qui rende compte du mal fait, du tort occasionné, de la souffrance subie. Au bout, le pardon ?… En tout cas, la vie.
© Réveil - février 2012
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