Billet du mois
Il n'est pas ici
J’écris ce billet avec la Bible et le journal (merci M. Barth). Ce dernier est largement occupé par le voyage de Benoît XVI en Terre sainte et par les nombreuses réactions des lecteurs.
Comme d’habitude quand il s’agit de cette région, on s’oppose, on s’enflamme, on se dispute par courriels (ça vaut mieux que par roquettes). Il y a les « pour » et les « contre ». Ceux qui disent que, pour une fois, le pape n’est pas à côté de la plaque, et ceux qui se demandent de quoi il se mêle… Bref, les vagues habituelles.
Mais personne ne remarque ce qui crève pourtant les yeux : Benoît XVI n’est pas allé en Terre sainte. Eh oui, car la Terre sainte n’existe pas, sinon dans les conceptions religieuses de certains chrétiens, musulmans et juifs. Bizarre que nos médias, si prompts à se faire les avocats de la (sainte) laïcité française, se laissent aller à adopter, sans sourciller et sans guillemets, le vocabulaire catholique.
On dira « c’est juste une façon de parler ». Oui, mais la parole façonne la pensée… et la réalité. En l’occurrence, cette terre a été tellement « sanctifiée » par les religieux et les journalistes, qu’elle reste un lieu de sacrifice(s) dans le sens le plus morbide, et qu’un peu de ce conflit y doit sans doute quelque chose.
Or l’évangile de Pâques nous dit exactement l’inverse : cette terre n’est pas sainte, le voile du temple est déchiré, le tombeau est vide, « il n’est pas ici » (Marc 16.6). Pas la peine d’aller essayer de le récupérer par la croisade ou la diplomatie !