Le zoom des bulletins 2
Voici une nouvelle rubrique dans cette page du site. Il s'agit de donner la parole aux Eglises par le biais des articles qu'elles font paraître dans leurs bulletins locaux. Nous reproduisons ici un second texte, celui de Daniel Schrumpf, pasteur en Savoie.
Contrairement à d'autres endroits où l'on peut choisir sa paroisse, en Savoie il n'est pas possible de faire son marché. La paroisse réformée la plus proche est à près d'une heure de route.
Toutefois, il existe d'autres Eglises chrétiennes dans la région. De plus, il est tout à fait possible de se composer une Eglise à la carte, au sein même de notre paroisse.
Une Eglise à la carte peut rapidement glisser vers une Eglise à mon image, pour ne pas dire une image taillée. Au mieux, je risque de m'y rencontrer moi-même, voire de connaître la douloureuse expérience de ce psalmiste tranquille et confiant qui perd soudainement la face, celle de Dieu : Et moi qui me disais, l'esprit tranquille « jamais je ne vacillerai, Seigneur, dans ta bienveillance, tu m'as fortifié », Tu as caché ta face ; j'en fus terrifié (psaume 30).
Une Eglise qui n'est pas à la carte, c'est une Eglise de curieux, ouverts à une autre dimension de l'Eglise. L'Eglise regroupe étymologiquement les « appelés à sortir de » (exkaléô).
Un des ressorts de l'Evangile se situe justement quelque part dans cet exode, dans ce déplacement humblement assumé, lorsque je commence à me dire :
- Moi qui ne suis pas très porté vers la prière partagée, je vais aller découvrir ces moments de prière à Aix, tous les mardis, à 14 h 30.
- Pour moi qui suis étranger au judaïsme, je vais justement aller faire un tour au fil rouge du lundi soir à Chambéry, au Centre culturel juif.
- Moi qui ai des comptes à régler avec le catholicisme, je vais rendre une visite à l'un des groupes oecuméniques, célébrations communes ou ateliers œcuméniques (vous trouverez la liste de nos rendez-vous dans l'agenda)
- Moi, qui ne suis pas du genre à me faire des « nœuds au cerveau », je vais justement aller découvrir telle étude biblique qui se réunit près de chez moi. Et s'il n'y en a pas, je vais proposer d'en initier une, quitte à demander de l'aide.
- Moi, qui ne suis pas porté vers la louange « à dévisser les ampoules », je vais aller découvrir ce culte de louange du vendredi soir à Chambéry (une fois par mois).
- Celui-là, ou celle-là, qui me déconcerte, c'est justement lui ou elle que je vais rencontrer.
- Ce livre que je n'aurais jamais lu (par manque de temps, ou d'envie), je vais l'emprunter à la bibliothèque du temple de Chambéry (environ 700 références).
Je serai alors surpris – d'une part d'être déplacé par cet Esprit tout à la fois rebelle et plein d'attention, qui n'en finit pas de souffler où il veut – et d'autre part de déplacer l'autre, d'autant plus que ce n'est pas mon projet – tout comme Dieu Lui-même s'est laissé déplacer par moi, en Jésus-Christ, vers un lieu où il ne voulait pas aller : Mon Père, éloigne de moi cette coupe. En même temps, je m'aventure sur un terrain risqué : je peux ainsi me retrouver soudainement à dialoguer avec quelqu'un – à sortir hors de l'Eglise officielle – ou bien au contraire à m'y investir dans la prédication, dans l'école biblique ou dans l'aumônerie des prisons de la Savoie. Je ne connais pas un seul aumônier de prison qui se voyait au préalable comme visiteur prison.
Je découvrirai alors tout simplement la vie, cette grâce qui coûte, qui me coûtera le prix de ce que je suis prêt à perdre pour rencontrer l'autre vivant, pour rencontrer Dieu vivant. Et alors, je marcherai devant le Seigneur au pays des vivants (Psaume 116,9).
Daniel Schrumpf pasteur en Savoie Bulletin Mon peuple, 2011/1
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