Le zoom des bulletins
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Ce ne sera plus comme avant un texte de Vincent Christeler, pasteur à Bresse - Bugey - Dombes
Ce ne sera plus comme avant
C'est l'histoire d'un pasteur qui change de poste, alors dans les dernières semaines avant son départ, il entreprend la visite d'adieu à ses ouailles plus ou moins assidues.
Une vieille dame le reçoit très tristement et lui dit d'entrée de jeu : "Plus jamais nous n'aurons un aussi bon pasteur que vous !" Le ministre est très flatté mais comme la dame insiste lourdement "non plus jamais...", il finit par être gêné et essaie de la réconforter : "il ne faut pas dire ça, des bons pasteurs, il y en a..." "Oh non, répond la dame, moi qui vous parle j'ai connu huit pasteurs et chaque fois le successeur était pire que le précédent, alors après vous..." L'historien et moraliste latin du Ier siècle Valère Maxime raconte la même anecdote au sujet de Denys, tyran de Sicile ; c'est dire si l'histoire n'est pas nouvelle, mais elle illustre bien la tendance des humains à tolérer la médiocrité, voire le mal, de crainte de voir surgir un mal encore plus grand. Nous vivons une époque de changements rapides sur les plans politiques, sociaux, démographiques... Ces changements sont anxiogènes et suscitent la peur. Nos dirigeants, ou ceux qui aspirent à le devenir, ont deux types de réactions face à ces peurs. En caricaturant un peu, certains jouent avec elles et prônent un retour en arrière aussi irréaliste que mesquin. Les autres nient la réalité de la peur et traitent en termes méprisants ceux qui révoquent. Ces deux attitudes sont irresponsables et délétères. Oui, il y a des raisons d'avoir peur et non, ce n'est pas la peur qui doit diriger notre vie. Avant d'être une déclaration de Jean-Paul II, l'appel "n'ayez pas peur" est le cri de toute l'Écriture. L'Évangile ne nie pas le danger et la souffrance, il nous invite à la confiance. Non pas à la confiance que rien de mal ne nous arrivera, mais la confiance en la présence de Dieu à nos côtés, y compris dans la souffrance, l'échec et la mort. Il n'y a là aucune résignation, mais la volonté d'agir en fonction de ce que nous croyons et non de ce que nous craignons. Lorsqu'on désire un enfant, on sait qu'on risque d'aller au devant de très grandes souffrances : échec d'éducation, maladie, séparation, mort ! L'idée même peut paraître insoutenable ; mais va-t-on renoncer à cause du risque ? Car ce n'est pas vivre, que vivre dans la peur. N'ayez pas peur ! Tenez bon ! Et voyez le salut que le Seigneur réalisera pour vous aujourd'hui. (Exode 14.13).
Vincent Christeler pasteur à Bresse - Bugey - Dombes La Chouette n° 147, août 2011
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