Edito d'Anne Heimerdinger
Rédacteur en chef du journal le Cep
Ultra moderne solitude
La pauvreté dérange. Ce matin, je l’ai trouvée, tapie à ma porte alors que j’avais pourtant toujours réussi à l’éviter. J’ai rapidement tourné les talons ; on ne sait jamais, c’est peut-être contagieux ! Le « nombre » de pauvres me retient juste de ne pas gaspiller les restes de ma table, mais la pauvreté « incarnée » me gêne. C’est pourtant lorsqu’elle prend les traits de quelqu’un que je deviens capable de réagir et d’agir. Pas un jour où je n’entende parler des laissés pour compte aux portes de l’Europe et des victimes de la crise. Et cette pauvreté se double d’une condamnation : elle exclut, isole. Bien des observateurs dénoncent, dans la dissolution des liens, « la plus grande pauvreté de notre temps ». C’est un mal qui tue. Comme cet homme âgé, découvert dans son appartement parisien, un an après son décès… Et oui, la civilisation du bonheur privé, fièrement bâtie, a opté pour la devise : « Pour vivre heureux, vivons chacun pour soi ! » Autrement dit, méfions-nous de ce qui rend dépendants… Familles, Églises, communautés, origines… Aucun culte n’est plus reconnu, sinon celui de l’égo. Un regard glissé derrière une porte en dit pourtant long : la personne « libérée » a souvent fait le vide autour d’elle. Comment soigner ce délitement des liens ? Notre société de consommation se propose désormais de marchander les relations humaines ; elle prévient des « risques » que voulez-vous ! Souscrivez des assurances, engagez des aides. La dépendance s’évalue en risque et la lutte contre la solitude est faite : « grande cause nationale » (cf. page 25)… Cherchez l’erreur ! Bienheureux êtes-vous, placés sous le regard de Dieu, car l’homme lui est précieux ; aucun n’est « né sous une mauvaise étoile ». Lui-même se risque dans la pauvreté ; et, à travers elle, il engage son Royaume : lieu de fraternité et de dignité. Goûtons l’Avent pour le redécouvrir et le partager. Nous serons un peu cette étoile qui en a guidé plus d’un vers Bethléem, lieu où la pauvreté ne blesse plus, mais enrichit !
© Réveil - décembre 2011
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