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Cent ans d'existence: pour quoi faire? Notre paroisse a connu certains problèmes qui vont se répétant tout au long de son histoire. L'un des problèmes est celui de son trop grand territoire. Bien qu'on lui ait retiré Bonneville et La Roche-sur-Foron, elle reste très étendue, puisqu'elle va de Valleiry-Vulbens jusqu'aux confins de la vallée du Giffre. Deux postes pastoraux seraient justifiés par l'étendue, mais ne le sont pas par l'importance statistique des paroissiens fidèles et réguliers, d'où les perpétuelles hésitations entre un ou deux postes, problème réglé pendant un certain temps avec assez de bonheur, semble-t-il, par la présence d'une assistante de paroisse, Mlle de Senger. Les lieux de culte ont beaucoup changé en cent ans, il n'y en a plus à Reignier, à Collonges, à Saint-Cergues, à Saint-Jeoire, Bonne, Boëge... Le problème de l'unité de la paroisse a très souvent préoccupé le Conseil presbytéral. Il n'est pas vraiment réglé aujourd'hui. Autre problème récurrent, celui des lieux de culte permanents
autres que les deux chapelles de Mornex et d'Annemasse: combien de fois
n'a-t-on pas essayé d'avoir un lieu permanent à St Julien:
le problème attend toujours une solution, mais, entre-temps, le
nombre des paroissiens actifs de ce secteur a catastrophiquement diminué,
au point qu'en 1991 le conseil a décidé de ne plus y assurer
de culte mensuel... en attendant des jours meilleurs. Par ailleurs faut-il renoncer au bâtiment que nous ont légué nos prédécesseurs, et dont nous allons célébrer le centenaire? A mainte reprise, et encore tout récemment, le Conseil a délibéré sur le sujet: garder notre petite propriété rurale en pleine ville, aujourd'hui surplombée par des immeubles de sept ou huit étages, ou bien céder au béton, et construire un grand immeuble avec l'aide de promoteurs, comme il fut fait à Annecy? Il y a là une éternelle "querelle des anciens et des modernes" "Nos locaux ne sont qu'un des moyens au service du témoignage de notre église, ou outil", écrivent en 1972 V. Mina et J. Freyche, en appelant à un débat dépassionné. Par ailleurs les membres se renouvellent beaucoup du fait du statut de région frontière. Ceci est un élément de renouvellement et de richesse, mais aussi d'instabilité. L'instabilité est constante et rend l'action difficile. Notons à ce sujet ce qu'écrivait en 1959 l'éditorialiste d'Ombres et Lumières.
La paroisse d'Annemasse s'est aussi distinguée à plusieurs
reprises par son refus de tout embrigadement, le refus de directives de
la Région, la difficulté à accepter un encadrement
administratif. Il faut remarquer la riche présence dans la région
de multiples églises d'inspiration protestantes mais non rattachées
à l'ERF, telles que les Évangélistes, les Baptistes,
les Adventistes ou les Pentecôtistes. Il y a à Annemasse
sept pasteurs de différentes dénominations. On voit souvent
des glissements d'une église à l'autre, le plus souvent
au détriment de l'ERF. Qu'est-ce qu'une église "transfrontalière"? En fait c'est à toute une réflexion sur "l'église transfrontalière" que nous invite l'histoire de notre paroisse. Les pasteurs qui nous viennent de "l'intérieur" de la France sont toujours très étonnés par la mentalité fort différente qu'ils découvrent ici. Au début du siècle les Suisses émigraient encore en Savoie, des paysans suisses sont venus s'y établir et chercher fortune, ils ont constitué un apport nouveau. Puis le courant s'est inversé, nous connaissons aujourd'hui le flux des travailleurs frontaliers qui partent chaque jour de France et se rendent à Genève. Mais tout récemment s'est établi un contre-courant: des nouveaux jeunes ménages suisses viennent s'installer en France, en raison de l'exiguïté du canton, et des difficultés qu'on a à s'y loger. Tout cela crée paradoxalement une population protestante qui grandit et un nombre de paroissiens actifs qui va diminuant. En un sens, si l'on veut, nous sommes "piégés" par la formule du baptême, qui dit que chaque baptisé sera libre de revenir ou ne pas revenir, mais que "sa place restera toujours marquée". La formule est belle, nous y tenons tous, elle est même fondamentale pour notre conception de l'Église, mais nous voyons aussi se développer le concept de "protestant non pratiquant", consommateur de rites, mais indifférent à la paroisse, et à l'Eglise. Quelques uns, mais ils sont rares, nous quittent pour des églises plus confessionnelles, plus chaleureuses, qui exigent de chacun des signes évidents de son appartenance à la communauté, mais qui ne se soucient pas d'une présence territoriale vaste, qui ne sont pas "multitudinistes". Notre paroisse est vaste, longue de quatre-vingts kilomètres, elle est dispersée, elle connaît peu les signes évidents de ralliement, elle est "désarmée" en face de la multiplication des petites églises mieux soudées. Parfois on lui demande des sacrements sans plus, on continue d'aller vivre sa vie spirituelle à Genève. Église transfrontalière... C'est en soit un beau titre, et, bien sûr, toute Église du Christ est par définition transfrontalière. Mais les frontières existent, insidieuses, et faire connaître le Dieu personnel de la Bible, ce n'est plus facile aujourd'hui. La chronique que nous vous avons ici présentée ne prétend
nullement être complète; simplement nous avons choisi dans
les archives ce qui, nous semblait-il, pouvait illustrer aussi bien la
petite histoire de ces cent ans de protestantisme à Annemasse,
que le reflet dans notre paroisse de problèmes plus vastes, et
qui la dépassent, tout en l'interpellant. Notre paroisse "transfrontalière"
est à un carrefour européen, à une croisée
du catholicisme et du protestantisme, au pied de montagnes magnifiques
qui l'appellent constamment à l'élévation. Elle est
calviniste de nom, et la cité de Calvin non seulement est sa voisine,
mais a compté pour beaucoup dans sa naissance, et continue déjouer
un rôle capital pour beaucoup de paroissiens, comme beaucoup d'Annemassiens.
Elle est humblement conviée au repentir par la plainte de Michel
Servet que nous pouvons tous lire sur le socle de sa statue en flânant
devant l'Hôtel de Ville de la cité.
Notre paroisse est aujourd'hui particulièrement confrontée
aux problèmes sociaux d'une ville trop vite grandie, et en crise
économique; comme toute la cité, elle est également
menacée par l'individualisme et par l'hédonisme ambiant...
Telle qu'elle est, notre paroisse qui fête aujourd'hui ses cent
ans a l'occasion et même l'obligation de se regarder en face, ni
pour l'autosatisfaction, ni pour l'autolacération, toutes deux
stériles. Et puisque le berceau de la Réforme est à
six lieues du bâtiment de notre temple, ne pouvons-nous pas évoquer
la réponse du vieux Théodore de Bèze au jeune François
de Sales venu en 1596 l'adjurer de rentrer au bercail: "Si je ne
suis dans les voies du Salut, que Dieu m'y mette!"12 Notes : |
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