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La pension Bellevue à Mornex, où eurent lieu
les premiers cultes.

La chapelle érigée en 1873.
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Cependant c'est au village de Mornex que naquit
le culte réformé dans notre région, très
exactement le 11 mai 1851, sous les auspices de la Société
genevoise de secours religieux pour les protestants disséminés.
Pendant plus de vingt ans il eut lieu à chaque belle
saison, dans des locaux de fortune, sous l'autorité du
professeur Cellerier. En 1873 fut édifiée la première
chapelle protestante, qui existe toujours, et qui est aujourd'hui
desservie par le pasteur d'Annemasse, étant devenue propriété
de l'église d'Annemasse en 1924. La consécration
de cette nouvelle chapelle eut lieu le dimanche 18 août
1873, sous la présidence du pasteur André, d'Annecy,
et du professeur Munier, président de la Société
genevoise des protestants disséminés. Une brochure
de quarante-trois pages conserve "le souvenir des pieuses
émotions" de cette journée, et nous a gardé
le texte des deux prédications du pasteur André
et du pasteur Munier. "Le besoin d'un culte évangélique
le dimanche, pendant les mois de la belle saison, s'était
fait sentir à Mornex pour les familles protestantes que
l'air salubre et les pittoresques aspects de la montagne y attiraient,
déjà longtemps avant que les anciennes lois du
pays, strictement intolérantes et rigoureusement maintenues,
permissent d'en établir un qui eût quelque publicité.
Le temps n'est pas bien éloigné où l'on
devait, sous peine d'une répression très sévère,
se contenter du culte solitaire ou domestique à huis
clos. La liberté religieuse ne date dans toute l'étendue
des Etats sardes que du Statut du roi Charles-Albert, publié
par ce prince en 1848, et loyalement exécuté par
son gouvernement." C'était en effet une époque
où Mornex attirait de nombreux touristes ou curistes
venus des pays nordiques et protestants, il y eut d'ailleurs
également, pendant quelque vingt ans, une chapelle anglicane.
C'est dans une pension sise de l'autre côté de
la rue par rapport à la nouvelle chapelle que séjournèrent
Wagner en 1856, et l'historien d'art anglais Ruskin en 1862-63.
La pension s'appelait "Bellevue" et comportait un
charmant pavillon, qui subsiste encore, et où habite
Mlle Lapiné, une de nos paroissiennes. Le culte avait
lieu pendant l'été dans ce pavillon, et l'on sait
par la correspondance de Wagner, qui s'en plaint, que l'occupant
du pavillon devait céder les lieux le dimanche matin
pour la célébration du culte.
"J'habite la pension Latard, dans un
pavillon rustique qui est séparé de la pension
par un jardin et complètement isolé. C'est le
salon-jardin, destiné en somme à en faire un lieu
de réunion pour les pensionnaires. Il s'y trouve un excellent
piano. Je n'ai dû me plier qu'à une seule condition
pour avoir à moi seul la jouissance du pavillon: il faut
que je m'absente tous les dimanches matin de 9 heures à
midi, parce qu'alors le salon est transformé pour le
service divin à l'usage des Genevois qui habitent ici:
le pasteur vient et alors c'est tout le diable et son train..."
(Lettres à Minna Wagner).
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