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Le temple d'Annemasse aujourd'hui.
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Cependant, dès 1884, les protestants d'Annemasse
bénéficièrent d'un local loué où
pouvaient avoir lieu des cultes. Le pasteur Goty de Chêne-Bourg,
assurait ces cultes, ainsi que MM. Clément de Paye et
Noyer. Bientôt on pensa à édifier un véritable
Temple. A cette époque la paroisse d'Annemasse se trouvait
dans ce qu'on appelait la Grande Zone (abolie par la France
après la première Guerre mondiale), les rapports
entre Genève et Annemasse étaient très
libres, à tous points de vue, et il ne faut donc pas
s'étonner que Genève ait véritablement
joué un rôle principal dans la création
de notre paroisse. Le tramway reliait les deux villes, et on
venait d'inaugurer le tramway à vapeur qui allait d'Annemasse
à Samoëns...
Dimanche 9 avril 1893: inauguration de la chapelle
protestante d'Annemasse en présence de dix pasteurs venus
de Genève et de Paris, sans compter ceux de la région.
L'érection a été rendue possible par la
générosité d'une donatrice, madame Naville
de Bontemps, de Villette près de Veyrier. Y assiste le
maire d'Annemasse, M. Perréard, notaire. L'événement
est relaté dans la Tribune de Genève le 9 avril,
et dans le Journal de Genève, dans son numéro
du 11. Le premier président du Conseil de paroisse est
M. Louis Souvairan, banquier de son métier, qui présida
la cérémonie de consécration. Parmi les
ouvriers de la première heure se distingue également
M. Senglet, à qui la paroisse rendra hommage en 1925.
Il n'y a pas encore de pasteur. L'allocution inaugurale est
prononcée par un pasteur venu de Chêne, le pasteur
Goty, comme le rapporte l'Ami du foyer dans son numéro
du 20 avril. Le pasteur Goty avait commencé, dès
sa nomination à Chêne, à s'occuper des disséminés
de Gaillard, Ambilly et Annemasse. Un exemplaire des Saintes
Écritures fut ojfert par le Consistoire de Genève,
ainsi qu'une liturgie de l'Église de Genève, dédicacée
par le président du consistoire, M. Wakker. C'était,
le souligna un orateur, la première chapelle protestante
dans le Chablais, "dont un apôtre zélé
avait voulu extirper l'hérésie". Malgré
ce coup de griffe à saint François de Sales, la
cérémonie fut assez étonnamment "oecuménique".
Hommage fut rendu par le pasteur Goty "aux dispositions
si bienveillantes et à l'esprit de réelle tolérance
rencontré au milieu du peuple de la Haute Savoie et de
ses autorités municipales".
"Hier dimanche après-midi a eu lieu
l'inauguration de la chapelle protestante d'Annemasse, située
dans le nouveau quartier, à quelques pas de la ligne
du tramway de la place de la Gare. Cette gracieuse construction
fait honneur à son architecte, M. Louis Viollet, de Genève.
Le style est du gothique fantaisie avec un petit air de cottage
américain. A deux heures et demie, la cérémonie
a commencé en présence d'une foule compacte jusqu'au
dehors. Devant la chapelle, la fanfare d'Annemasse, venue avec
son drapeau déployé, a joué un "Salut
angélique". (...) M. Goty a dit "Nous n'oublierons,
ni les uns ni les autres, catholiques ou protestants, ce que
nous enseigne cette croix, au pied de laquelle sera prêchée
la parole de vérité, cette croix, qui, il y a
près de quatorze siècles fut plantée sur
le sol d'Annemasse par les pieux évêques Maxime
et Avitus." 2
Le style oratoire de l'époque différait
de celui d'aujourd'hui, voici ce que fut la péroraison
du pasteur Goty en ce dimanche 9 avril 1893:
"Elève-toi donc, modeste et sainte chapelle,
comme un témoignage de la bonté de notre Dieu!
Elève-toi au pied de ces montagnes qui nous redisent
la grandeur du Créateur! Elève-toi sur cette
noble terre de France où règne désormais
la liberté religieuse, la plus précieuse de
toutes les libertés! Que dans tes murs consacrés
retentisse toujours, dans sa pureté et dans sa force,
l'Évangile de Jésus-Christ! et que tous ceux
qui franchiront tes parvis se retrouvent un jour dans la Jérusalem
d'en haut..."
1892: Les statuts de la "Société civile
de la chapelle protestante d'Annemasse" sont déposés
par devant Maître Perréard en présence du
pasteur Achille Noyer d'Annecy et du pasteur Edouard Goty de
Chêne-Bourg, ainsi que de MM. Souvairan, négociant
à Vétraz-Monthoux, Alfred Martin, avocat à
Genève et Ernest Picard, chef de dépôt à
Annemasse, et Aimé Boissonas, négociant à
Annemasse.
C'est le 27 août 1893 que le premier pasteur en titre
est installé, M. Moser. 3
On crée un comité chargé de meubler le
temple (la table de communion en marbre fut exécutée
sans bénéfice par le fabricant, les coupes furent
offertes) et on envoie à la bienfaitrice, madame Naville,
une lettre de remerciement.
Au synode régional de Divonne, qui se tient les 28 et
29 septembre 1894, le pasteur Moser fait un résumé
des antécédents de la paroisse d'Annemasse, et
des circonstances de la construction du temple. Il est à
noter qu'une stèle funéraire rappelle le rôle
du pasteur Moser à droite de l'entrée du temple.
Il laissa le souvenir d'un homme très dévoué,
et de santé fragile, la petite histoire retient qu'il
circulait dans sa paroisse exclusivement sur un vélo.
Notes :
2. Tribune de Genève, le 9 avril
1893.
3. La Semaine religieuse, de Genève,
du 2 septembre 1893.
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