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La guerre et la paroisse La guerre, suivie bientôt par l'occupation italienne et allemande,
perturbe à nouveau la paroisse. Le pasteur Bach a été
mobilisé. En son absence le pasteur Burnat le remplace, cependant
que le pasteur de Ferney assure les cultes à St Julien. Lors des
permissions du pasteur Bach, le Conseil est souvent convoqué précipitamment
par téléphone. Le vice-président était à
cette époque M. Perrier. La municipalité a ouvert une garderie,
car les femmes doivent travailler en l'absence de leurs maris mobilisés. 1940: le Synode régional a lieu à Livron dans la Drôme,
et le pasteur émet le voeu qu'il soit ouvert à des délégués
laïcs responsables dans les paroisses. On forme des comités
pour structurer les annexes de la paroisse, à Reignier, à
St Cergues, à Collonges, à St Julien. 1941: Plusieurs pasteurs de Genève remplacent tour à tour
le pasteur Bach, en particulier les pasteurs Bovet et Burnat. Les paroissiens
organisent l'envoi de colis aux prisonniers et aux évadés.
Le pasteur Bach rentré dans la paroisse présente au Conseil
ses diplômes universitaires de Théologie, et il passe de
suffragant à pasteur de l'Église Réformée
de France d'Annemasse. On continue de chercher un lieu de culte à St Julien, on étudie la possibilité de fêter le cinquantenaire du Temple. Les horaires de l'enseignement religieux sont fixés par une loi du régime de Vichy au matin de 8 heures à 8 h. 45. Mais surtout il y a les nombreux problèmes de la guerre, de l'occupation, des réfugiés, de la Résistance, des dissensions entre paroissiens...
Mais, déjà en 1942, le pasteur Bach, arguant d'un surmenage
dû à ses études, interrompt momentanément ses
activités, il est à nouveau remplacé par des pasteurs
venus de Genève (Mottu et de Benoît de Roulet). En réalité
il s'était engagé dans la Résistance et dirigeait
un maquis. Son épouse restait seule au presbytère, poursuivant
courageusement l'action de sauvetage, mais devait bientôt se réfugier
à Morzine, et enfin, après la déportation par les
Allemands de leurs amis protestants Bailly,8
partait se cacher dans le Nord de la France, au Gâteau. Naturellement tout le monde n'était pas d'accord avec la transformation du presbytère en lieu de passage pour réfugiés et en filière d'évasion pour juifs. Voici encore ce qu'écrivait Mme Bach le 23 juin 1943 à une amie:
Les filières d'évasion en question impliquaient en général
un pasteur de l'intérieur, en particulier le pasteur Theis, du
Chambon - sur-Lignon. Il envoyait au presbytère d'Annemasse (ou
aux cures de Douvaine, de Collonges...) des groupes d'enfants juifs qui
étaient aussitôt confiés à des passeurs, on
passait la frontière principalement du côté de Juvigny. Les passeurs furent presque tous déportés, et périrent,
tels M. et Mme Bailly (un square, rue Fernand-David, rappelle leur mémoire).
L'action des Bach à Annemasse s'inscrivait dans un mouvement plus
vaste, celui de la CIMADE (Commission Inter-Mouvement auprès des
Évacués), né en 1939, dirigé par le pasteur
Marc Boegner, et qui organisa le sauvetage de nombreux Juifs. Le pasteur
Chapal d'Annecy avait organisé toute une filière depuis
Marseille jusqu'en Suisse.9 En janvier
1993 Israël lui conféra à titre posthume la Médaille
des Justes. Du côté catholique les dévouements poussés
jusqu'au sacrifice suprême ne manquèrent pas non plus, comme
en témoignent, entre autres, les destins du père Louis Favre,
du petit séminaire de Ville-la-Grand, fusillé le 13 juin
près d'Annecy,10 ainsi que
ceux de l'abbé Jean Rosay de Douvaine, mort en déportation,
lui aussi titulaire de la Médaille des Justes, mais à titre
posthume, ou de l'abbé Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève...
Tous témoignent de ce que l'Ambassadeur de France Jean-Marie Soutou,
un des fondateurs de Témoignage Chrétien, a dans une cérémonie
organisée à Douvaine en mémoire de l'abbé
Rosay, appelé "l'insurrection chrétienne contre le
totalitarisme".11 Cependant la vie paroissiale se poursuivait, et devait se poursuivre,
même si, selon des témoignages reçus, Mme Bach devait
veiller lors de tel repas de paroisse à ce que les "pro-Résistants"
soient dans une salle, et les autres dans une autre. Le pasteur Westphal,
président du Consistoire, rend alors visite à la paroisse
et il est décidé de proposer la création d'un deuxième
poste pastoral pour les disséminés, car il y a maintenant
plus de 800 foyers protestants, sans doute en raison d'un afflux de réfugiés
venus du nord du pays. 1943: La Région entérine la création d'un second
poste, et le pasteur Thenet, de Livron, dans la Drôme, est candidat.
Le pasteur de Roulet assure l'intérim du pasteur Bach, dont la
paroisse a pris congé après un culte d'adieu très
émouvant. Mais, n'ayant pu obtenir l'autorisation d'exercer en
France, il doit regagner Genève après onze mois de service
dans la paroisse. Un étudiant en théologie, M. Michel, seconde
le pasteur Thenet. Il faut nommer un nouveau pasteur dans le secteur d'Annemasse. Le pasteur genevois Grandchamps, pressenti, doit renoncer faute d'une autorisation. On élit alors le pasteur Schneider, un Alsacien qui a occupé le poste de Cannes, mais ne s'est pas bien adapté au Midi. Il définit son rôle devant le Conseil, comptant avant tout miser sur les visites et sur une action au niveau de la jeunesse. On loue un appartement à Ambilly pour le pasteur Thenet. On crée un fichier des paroissiens. On envisage la création d'un poste de diacre pour l'aide sociale aux familles nécessiteuses. Le pasteur Schneider veut faire une conférence publique sur le protestantisme. Un différend éclate entre lui et le pasteur Thenet, dont le style était plus "classique", ce qui l'amène à démissionner le 11 novembre 1944, après une séance exceptionnelle à laquelle prend part le président du Consistoire. Il sera remplacé par le pasteur Gruner, un Suisse, ancien pasteur à Chancy (Genève), puis sur le plateau ardéchois, à Mars, et qui restera en poste jusqu'à 1950. Avec son épouse, le pasteur Gruner a beaucoup oeuvré pour la jeunesse, et pour la chorale. Notes : |
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